PLAN
DU PREMIER ACJTK
D’IPHIGENIE EN TAURIDE'.
SCÈNE I.
IPHIGÉNIE , UNE CAPTIVE GRECQUE.
Ipliigenie vient avec line captive grecque, quis’étonne de «a triates.se , et lot demande si elle estaffligée de ce que la fêle de Diane se passera sansqu’on immole aucun étranger.
« Tu peux croire, dit Iphigénie , si c’est là un«sentiment digne de la fille d’Agamemnon. Tu«sais aveu quelle répugnance j’ai préparé les mî-« sérable» que l’on a sacrifiés depuis que je préside« à ces cruelles cérémonies. Je me faisais une joie«de ce que la fortune n’avoit amené aucun Grec«pour cette journée, et je triomplioisde la douleur« commune qui est répandue dans cette île, oui on«compte pour un présage funeste de ce que nous«, manquons de vic times pour celte fêle. Mais je ne«puis résister à la secrète tristesse dont je suis oc-«cupée depuis le songe que j’ai fait celte nuit. J’ai«cm que j étois à Mycène , dans la muLon de mon»père: il m’a semblé que mon père et ma mère«uagpoient dans le sang, et que moi-même je te-«nuis un poignard à la inaiu pour en égorger mon«fière Oreste. Ilelas! mon clierOreste!
LA CAPTIVE.
«Mais 5 madame , vous êtes trop éloignés l’un de«l’autre pour craindre l’accomplissement de votre«songe.
iriiroÉNiE.
«Et ce n’est pas aussi ce que ie crains : mais je«crains avec raison qu’il n’y ail de grands mal-«beur» dans ma famille: les rois sont sujets à de«grands changements. Ah ! si je t'avois perdu, mou«cher frère Oreslc , sur qui seul j’ai fondé mes es-«pérances! Car enfin j’ai plus sujet de t’aimer que«tout le reste de ma famille : tu ne lus point e.ou-«pable de ce sacrifice où mon père m'avoit cnn-«damnée dans l’Aulide; tu étuis un enfant de dix«ans. Tu as été élevé avec moi , et lu es le seul de«toute la Grèce que je regrette tous les jours.
LA CAPTIVE.
•Mais , madame , quelle apparence qu’il sache«l’état où vous êtes ? Vous êtes dans une île détes-« lée de tout le monde : si le hasard y amène quel-«que Grec, on le sacrifie. Que ne renoncez-vous«à la Grèce ? que ne répondez-vous à l'amour du«prince ?
IPHrCKSIE.
«Eh! que me scrviroiL de m’y attacher? Son«père Thons lui défend de m’aimer; il ne me«parle qu’en tremblant : car ils ignorent tous doux«ina naissance , et je n’ai garde de leur découvrir«une chose qu’ils ne croiroient pas; car quelle«apparence qu’une fille que des pirates ont enlevée«dans le moment qu’on alloit la sacrifier pour le«salut de la Grèce ffil la fille du général de la« Grèce 5 Mais voici ce prince. »
SCÈNE II.
LE FILS D1-: TIIOaS , IPHIGÉNIE
LA CAPTIVE GRECQUE.ii’iitcÉxrE.
«Qu’avez-vons, prince? D’où vient ce désordre«et cette émotion ?
LE Trf.S II F. TIIOAS.
«Madame , je suis cause du plus grand malheur«du monde. Vous savez combien j’ai délesté avec«vous les sacrifices de celle île : je nie réjonissois«de ce que vous seriez aujourd'hui dispensée, de«cette l’uni sic occupation; et cependant je suis«cause que vous avez deux Grecs à sacrifier,ri’ uiGkyie.
«Comment , seigneur
LE FILS UK THO AS.
«On m’est venu avertir que deux jeunes hommes«étoient environnés d’une grande foule de peuple« contre lequel ils se défeudoient. J’ai couru sur le«bord de la mer: je les ai trouvés à la pot le du«temple , qui vendoient chèrement leur vie, et qui«ne songeoient chacun qu’à la défense l’un de«l’antre. Leur courage m’a piqué de générosité. Jeaies ai défendus moi-même; j’ai désarmé le peuple:«et ils se sont rendus à moi. Leurs habits tes ont«fait passer pour Grecs : ils l’ont avoué. J’ai frémi«à cette parole ; on les a amenés malgré moi à mon«père : et vous pouvez juger quelle sera leur des-« tinée. La joie est universelle . et on remercie les«dieux d une prise qui me met au désespoir. Mais«enfin, madame, on je ne pourrai, ou je vous«affranchirai bientôt de la malheureuse dignité qu i«vous engage à ccs sacrifices. Mais voici le roi■ mon père.»