LE PAYSAGE.
371
De leurs voûtes tremblantes ;
£< l’on diroit que le saphir.
De deux portes brillantes ,
Ferme ces vrais lieux de plaisir.
(l’est sous ces épaisses feuillée»
Que l’on voit les petits oiseaux ,
(les cbanlrcs si doux et si beaux ,
Errer en troupes émaillées ;
(l’est là que ces botes pieux ,
Par leurs concerts harmonieux ,Enchantent les oreilles,
El qu'ils célèbrent sans suuciLe» charmantes merveillesDe ces lieux qu’ils ornent aussi.
Là , d’une admirable structure,
On les voit suspendre ces nids,;
(les cabinets si bien bâtis.
Dont l’art étonne la nature ;
Là, parfois, l’un sur son rameauEntraîne le petit fardeauD’une paille volante ;
L’autre console, en trémoussant,
Sa famille dolente,
De quelque butin ravissant.
Là , l’on voit la biche légère ,
Loin du sanguinaire nboyeur.
Fouler, sans crainte et sans frayeur,
Le tendre émail de la fougère,
Là, le chevreuil, champêtre et doux,Pondit aussi dessus les houx,
En courses incertaines :
Là , les cerfs, ces arbres vivants ,
De leurs bandes hautaines,
Font cent autres grands bois mouvants.
C’est là qu’avec de doux murmuresL’on entend les petits Zéphirs,
De qui les tranquilles soupirsCharment les peines les plus dures.
C’est là qu’on les voit tour à tourVenir baiser avec amourLa feuille tremblotante ;
Là , pour joindre aux chants des oiseauxLeur musique éclatante,
Ils concertent sur les rameaux.
Là cette chaleur violente
Qui, dans les champs et les vallons ,
Brûle les avides sillons ,
Se fait voir moins lîère et plus lente *.D’œil du monde voit à regretQu’il ne peut percer le secretDe ces lieux pleins de charmes :
Plus il y lance de clartés,rius il leur donne d’armesContre ses brûlantes beautés.
ODE IV.
ï/ÉTANG.
Que c’est une chose charmanteDe voir cet étang gracieux,
Où , comme eu un lit précieux,
L’onde est toujours calme et dormante!Mes yeux, contemplons de plus prèsLes inimitables portraitsDe ce miroir humide;
Voyons bien les charmes puissantsDont sa glace liquideEnchante et trompe tous les sen».
Déjà je vois sons ce rivageLa terre , jointe avec les cieux ,
Faire un chaos délicieuxEt de l’onde et de leur image.
Je vois le grand astre du jourBouler , dans ce flottant séjour ,
Le char de la lumière ;
El, sans offenser de ses feuxLa fraîcheur coutumière,
Dorer son cristal lumineux.
Je vois les tilleuls et les chênes,
Ces géants de cent bras armés 5 ,
Ainsi que d’eux-iuêmes charmés ,
Y mirer leurs têtes hautaines ;
Je vois aussi leurs grands rameauxSi bien iracer dedans les eauxLeur mobile peinture,
Qu’on ne sait si l’onde , en tremblant,Fait trembler leur verdure,
Ou plutôt l’air même et le vent.
Là, l’hirondelle voltigeante,
Basant les flots clairs et polis,
Y vient, avec cent petits cris,
Baiser son image naissante.
Là , mille autres petits oiseauxPeignent encore dans les eaux
Leur éclatant plumage:
L’œil 11e peut juger au dehorsQui vole ou bien qui nageDé leurs ombres et de leurs corps.
Quelles richesses admirablesN’ont point ces nageurs marquetés.
Ces poissons aux dos argentés,
Sur leurs écailles agréables!
Ici je les vois s’assembler ,
Se mêler et se démêler
Dans leur couche profoude ;
Là . je les vois { Dieu ! quels attraits ! )Se promenant dans Ponde ,
Se promener dans les forêts.
Je les vois en troupes légères,S’élancer de leur lit natal;
Puis tombant., peindre en ce cristalMille couronnes passagères.