ODE
VIII.
LA NYMPHE DE LA SEINE A LA REINE 1 . j
16G0, |
Grande reine , de qui les charmes
S’assujettissent ions les cœurs ,
Et, de nos discordes vainqueurs, •
Pour jamais ont tari nos larmes*,
Princesse, qui voyez soupirer dans vos fers
Un roi qui de son nom remplit tout l’univers,
Et, faisant son destin , faites celui du inonde ,
Régnez, belle Thérèse, en ces aimables lieuxQu’arrose le cours de mon onde ,
Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux.
!
De tant de malheurs affligée ,
Je parus un jour sur mes bords,
Pensant aux funestes discords
Qui m’ont si long-temps outragée ;
Lorsque d’un vol soudain je vis fondre des creux
Amour; qui, me flattant de la voix et des yeux 3 ;
« Triste Nymphe, dit-il, ne te mels plus en peine ;
« Je te prépare un sort si charmant et si doux,
«Que. bientôt je veux que la Seine«Rende tout l’univers de sa gloire jaloux.
Je suis la Nymphe de la Seine :
1 l’est inni dont les illustres bords
Doivent posséder les trésors
Qui rendoient l’Espagne si vainc.
Ils sont des plus grands rois l’agréable séjour;
Ils le sont des plaisirs, ils le sont, de l'amour.
Tl n’est rien de si doux que l’air qu’on y respire.
Je reçois les tributs de crut fleuves divers ;
Mais de couler sous votre empire.
C’est plus que de régner sur l’empire des mers.
« Je t'amène , après tant d’années ,
«One paix de qui les douceurs,
«Sans aucun mélange de pleurs ,
«Feront couler les destinées.
«Mais ce qui doit passer les plus hardis souhaits ,
«Une reine viendra sur les pas de la paix.
• Comme on voit le soleil marcher après l’aurore, ;
«Des rives du couchant elle prendra son cours;
« Et cri astre surpasse encore
• Celui que l’Orient voit naître tous les jours.
Oh! que bientôt sur mon rivage
On verra luire de beaux jours!
Oh! combien de nouveaux Amours
Me viennent des rives du Tage !
Que de nouvelles fleurs vont naître sous vos pas!
Que je vois après vous de grâces et d’appas
Qui s’en vont amener une saison nouvelle !
L’air sera toujours calme . et le ciel toujours clair
El près d’une saison si belle
L’âge d’or soroil pris pour un siècle de fer.
«Non que j’ignore la vaillance« Et les miracles de ton roi, ;
«Et que, dans rc commun effroi,
«Je doive craindre pour la France.
«Je sais qu'il ne se plaît qu’au milieu des hasards ; 1
«Que livrer des combats cl forcer des remparts j
«Sont de scs jeunes ans les délices suprêmes. \
«Je sais tout ce qu’a fait son bras victorieux ;
«Et que plusieurs de nos dieux mêmes«Par de moindres exploits ont mérité les deux.
Oh ! qu’après de rudes tempêtes
Il est agréable de voir
Que les Aquilons, sans pouvoir,
N’osent plus gronder sur nos tûtes!
Que le repos est doux après de longs travaux !
Qu’on aime le plaisir qui suit beaucoup de maux!Qu’après un long hiver le printemps a de ch armes 1
Aussi, quoique ma joie excède mes souhaits ,
Qui n’auroit point senti d’alarmes
Pourroil-il bien juger des douceurs de la paix ?
«Mais c'est trop peu pour son courage«De tous ces exploits inouïs :
« Il faut désormais que Loris«Entreprenne un plus grand ouvrage.
«U n’a que trop tenté le hasard des combats ;
«L’Espagne sait assez la valeur de son bras;
« Assez elle a fourni de lauriers à sa gloire :
«11 faut qu’il en exige autre chose en ce jour :
« Et que, pour dernière victoire,
«Elle fournisse encore un myrte à son amour.
J’avois perdu toute espérance ,
Tant chacun croyoit malaisé
Que jamais le ciel apaisé
Dût rendre le calme à la France :
Mes champs avoient perdu leurs moissons et leursfleurs ;
Je roulois dans mon sein moins de flots que de pleurs :La tristesse et l’effroi dominoient sur mes rives;(iliaque jour m’apportoit quelques ni ailleurs nouveaux:
Mes Nymphes pâles et craintives
A peine s’assiiroicnt dans le fond de mes eaux -,
«Xhéhèsv. est l’illustre conquête ifc
«Ou doivent tendre tous ses vœux :
«Jamais un myrte plus fameux«Ne sauroit couronner sa tète.
«Le ciel, qui les avoit l’un pour l’autre formés ,«Youlotqued’un même or leurs jours fussent tramés.
■ Elle est digne de lui comme il est digne d’elle.
«Des reines et des rois chacun est le plus grand ;i «Et jamais conquête si belle
«Ne mérita les vœux d’un si grand conquérant 4 .