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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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58o LETTRES DE RACINE.

bien devant que davoir reçu voire lettre. Je vousprie de me remettre dans ses bonnes grâces, si jesuis si malheureux que de les avoir perdues, sinonje vous prie de my entretenir toujours » et de

penser un peu à mes affaires en faisant les vôtres ;surtout scribe et paie 61 . Mandez moi des nouvellesde tout, et entre autres dun petit mémoire quejenvoyai pour la Gazette il y a huit jours.

LETTRE XIII.

A MADEMOISELLE VITART, A PARIS.

A Uzcs, le 26 décembre 1661.

Je pensois bien me donner lhonneur de vousécrire il y a huit jours, mais il me fut impossiblede le faire -, je 11e sais pas même si jen pourraivenir à bout aujourdhui. Vous saurez, sil vousplaît, que ce n'est pas à présent une petite affairepour moi que de vous écrire, il a été un tempsque je le faisois assez aisément, et il ne me ful-loit pas beaucoup de temps pour faire une lettreassez passable. Mais ce temps- est passé pourmoi ; il me faut suer sang et eau pour faire quel-que chose qui mérite de vous ladresser : encoresera-ce un grand hasard si jy réussis. La raison decela est que je suis un peu plus éloigne de vousque je nétois lors. Quaud je songeois seulementque je nétuis quà quatorze ou quinze lieues devous, cela me mettoit en train, et cétoit bienautre chose quand je vous voyois on personne ;cétoit alors que les paroles ne me coûtaient rien ,et que je causois dassez bon cœur ; au lieu qu'au-jourdhui je 11e vous vois queu idée ; et quoiqueje songe assez fortement à vous, je ne sauroispourtant empêcher quil ny ait cent cinquantelieues entre vous et votre idée. Ainsi il mest unpeu plus difficile de m'échauffer; et quand meslettres seroient assez heureuses pour vous plaire ,que me sert cela? Jaimerois mieux recevoir unsoufflet ou un coup de poing de vous, comme

cela métoil assez ordinaire, quun grand merciqui viendroit do si loin. Après tout, il vous fautécrire , et il en faut revenir. Mais que vous man-der? Sans mentir, je nen sais rien pour le pré-sent. Eailes-inoi une grâce , donnez-moi tempsjusquau premier ordinaire pour y songer, et jevous promets de faire merveille : jy travailleraiplutôt jour et nuit : aussi bien nai-je plus quundemi-quart dheure à moi, et Vous même avezmaintenant bien tlautres affaires. Vous navez pasà déloger seulement, comme on ma mandé, maisvous avez même à préparer les logis au Saint-Es-prit 02 , qui doit venir dans huit jours à lhôtel deLuynes. Travaillez donc à le recevoir comme ilmérite , et moi je travaillerai à vous écrire commevous méritez. Comme ce nest pas une petite en-treprise , vous trouverez bon que je my prépareavec un peu de loisir. Cependant je souhaite quetout le monde se porte bien chez vous ; que vosdeux infantes vous ressemblent, et que vous nesoyez point en colcre contre moi de ce que jaitant lardé à macquitter de ce que je vous dois.Cest bien assez que je sois si loin de voire pré-sence, sans me bannir encore de votre esprit.Ainsi soit-il.

3 e nécris pas à mon cousin , car on ma mandéquil étoit à la campagoe ; et puis cest lui écrireque de vous écrire.

LETTRE XIV.

A M. VITART, A PARIS.

A Uzès » le 17 jauvier 1662.

Les plus beaux jours que vous donne le prin-temps ne valent pas ceux que lhiver noua laisseici, cl jamais le mois de mai ne vous paroîisiagréable que lest pour nous le mois de janvier.

Le soleil est toujours riant,

Depuis quil part de lorient

Pour venir éclairer le monde ,

Jusquà ce que son char soit descendu dans fonde.La vapeur des brouillards ne voile point les deux;Tous les malins , un vent officieuxEn écarte toutes les nues;

Ainsi nos jours ne sont jamais couverts;

Et dans le plus fort des hivers,

Nos campagnes sont revêtuesDe fleurs et darbres 1ou jours verts.