PREMIER RECUEIL.
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Les ruisseaux respectent leurs rives,
El leurs Naïades fugitives.
Sans sortir de leur lit natal,
Errent paisiblement, et ne sont point captivesSous une prison de cristal.
Tous nos oiseaux chantent à l’ordinaire;Leurs gosiers n'étant point glacés,
Et n’étant pas forcésT)c se cacher ou de se taire,
Ils font l’amour en libertéL’hiver comme l’été.
Enfin , lorsque la nuÎL a déployé scs voiles,
La lune, au visage changeant,
Paroît sur un trône d’argent,
Et tient cercle avec les étoiles.
Le ciel est toujours clair tant que dure son cours.Et nous avons des nuits plus belles que vos jours.
( 24 janvier 1662. )
J’ai fait une assez longue pause en cet endroit,pareeque, lorsque j’écrivois ces vers H y a huitjours, la chaleur de la poésie m’emporta si loin,que je ne m’aperçus pus qu’il étoit trop tard pourporter mes lettres à la poste. Je commence aujour-d’hui 2 4 janvier:, mais il est arrivé un assez plaisantchaugemeut; car en relisant mes vers je recon-nois qu’il n’y en a pas un de vrai ; il ne cesse depleuvoir depuis trois jours, et l'on diroit que letemps a juré de me faire mentir. J’aurois autantde sujet de faire une description du mauvaistemps, comme j’en ai fait une du beau ; mais j’aipeur que je ne m’engage encore si avant, que jene puisse achever cetle lettre que danshuil jours,auquel temps peut-être le ciel se sera remis aubeau. Je n’aurois jamais fait : cela m'apprend quecette maxime est bien vraie : ha vita al (in , il diloda la sera 8S .
Cette ville est la plus maudite ville du monde.
Ils ne travaillent à autre chose qn’à se tuer toustant qu'ils sont, ou à se faire pendre. II y a tou-jours ici des commissaires; cela est cause que jen’y veux faire aucune conuoissance , puisqu’en fai-sant un ami je m’attirerois cent ennemis. Ce n’estpas qu’on ne m’ait pressé plusieurs fuis, et qu’onne me soit venu solliciler. moi indigne, de venirdans les compagnies ; car on a trouvé mon odechez une dame de la ville , et on est venu me sa-luer comme auteur; mais tout cela ne sert derien , mens immola martel fi4 . Je n’aurois jamais cruêtre capable d’une si grande solitude, et vous-méme n’aviez jamais tant espéré de nia vertu.
Je passe tout le temps avec mon oncle, avecsaint Thomas et Virgile ; je fais force extraits dethéologie, et quelques uns de poésie : voilà commeje passe le temps , et je ne m’ennuie pas , surtoutquand j'ai reçu quelque lettre de vous ; elle mesert de compagnie pendant deux jours.,
Mon oncle a toutes sortes de bons desseins pourmoi, mais il n’en a point encore d’assuré , paree-que les affaires du chapitre sont encore incertaines.J’attends toujours un démissoire. Cependant ilm’a fait habiller de noir depuis les pieds jusqu’àla tête. La mode de ce pays est de porter un drapd’Espagne qui est fort beau , et qui coûte vingt-trois livres* 15 . IL m’en a fait faire un habit: j’aimaintenant la mine d’un des meilleurs bourgeoisdelà ville. Il attend toujours l’occasion de me pour-voir de quelque chose, et ce sera alors que jetâcherai de payer une partie de mes dettes si jepuis; car je ne puis rien faire avant ce temps. Jeme remets devant les yeux toutes les importunitésque vous avez reçues de moi ; j’en rougis à l’heureque je vous parle : erubuit puer , salva res est cS .Mais mes affaires n’en vont pas mieux, et cettesentence est bien fausse , si ce n’est que vous vou-liez prendre cette rougeur pour reconuoissancc detout ce que je vous dois, dont je me souviendraitoute uia vie.
l^ETTRE XV.
A MADEMOISELLE YITART, A PARIS.
A Uzès, le 24 janvier 16C2.
Ce billet n’est qu’une continuation de promesseet une nouvelle obligation. Je m’élois engagé devous écrire une lettre raisonnable , et après quinzejours d’intervalle je suis si malheureux que de n’ypouvoir satisfaire encore aujourd’hui, et je suisoblige de remettre à un autre jour. Toutes cesremises ne sont pour moi qu’un surcroît de dettesdont il me sera fort difficile de m’acquitter ; carvous attendez peut-ctre de recevoir quelque chosede beau , puisque je prends tant de temps pourm’y préparer. Ayez la charité de perdre celte opi-
nion , et de vous attendre plutôt à être fort malpayée; car je vous ai déjà avertie que je suis de-venu un très mauvaispayeur. Quand je n’éloispassi loin de vous, j e vous payois assez bien , ou dumoins je le pouvois faire ; car vous me fournissiezasse/.libéralementde quoi m’acquitter envers vous,j’entends de paroles : vous êtes trop riche , et moitrop pauvre pourvouspouvoir payer d’autre chose;cela veut dire
Que j’ai perdu tout mon caquet,
Moi qui savois fort bien écrire ,
El jaser comme un perroquet.
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