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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PREMIER RECUEIL.

58 y

LETTRE XXII.

A MADEMOISELLE VITART, A PARIS.

A Uzès» le i 5 niai 1662.

Encore navez-vous pas oublié mon nom: j'enavois bien peur pourtant, et je croyois être tout-à-fait disgracié auprès de tous ; tu que, depuis plusde trois mois, tous navez pas donné la moindremarque que vous me connussiez seulement. Maisenfin Dieu a voulu que vous ayez écrit un dessusde lettre, et cela ma un peu remis. Jugez quellereconnoissHiice j aurois pour une lettre tout cmlière I Je ne sais pas ce qui me prive dun si grandbien, et pour quelle raison votre bonne volontésest sitôt éteinte. Je foudois nia plus grande con-solation sur les lettres que je pourrois quelquefoisrecevoir de vous . et une seule par mois au roit suffipour me tenir dans la meilleure humeu r du mon-de , et dans celte belle humeur je vous aurois écritmille belles choses. Los vers ne mauroienl riencoûté , et vos lettres muuroient inspiié un génietout extraordinaire; cVst pourquoi si je 11e faisrien qui vaille, prenez-vous-cn à vous-même, etcroyez que je ne suis paresseux que pareequevous lêtes toute La première: jentends lorsquilsagit décrire ; car en dautres choses vous 11e lêtespas , Dieu merci. Vous faites assez douvrage , vousdeux M. Vit art, et javois Lien prédît que madameVitart trouveroit de loccupation à son retour deChevreuse ® 9 .

On ma mandé que vous ne laisseriez pas pourcela de faire un tour à la Ferlé , et que ce voyagequon médite depuis si long-temps saccompliroità la Pentecôte 90 . Jenrage de ny être pas , et vousnen doutez pas, comme je crois, quoique vous

ne vous en mettiez guère en peine, et peut-êtrene songerez-vous pas une seule fois à la triste vieque je mène ici, pendant que toute votre compa-gnie se divertira fort à son aise. 11 ne faut pas de-mander si M. lAbbé fait lentendu à présent,Nous mènerons, dît-il, mademoiselle Vitart à lacampagne avec M. et mademoiselle Lenuizier. Onvoit bien que cela lui relève le cœur, et quil seprépare à pas-œr les fêtes bien doucement. Je nemattends pas de les passer si à mou aise.

Jirai parmi Iesoliviers,

Les cbênes verts et les figuiers,

Chercher quelque remède à mon inquiétude :

Je chercherai la solitude ,

Et ne pouvant être avec vous,

Les lieux les plus affreux me seront les plus doux.

Excusez si je ne vous écris pas davantage. Enl'état je suis, je ne saurois vous écrire quepour me plaindre, et cest un sujet qui ne vousplairoit pas. Donnez-moi lieu de vous remercier,et je métendrai plus volontiers sur cette matière:aussi bien je ne vous demande pas des choses tropdéraisonnables, ce me semble, en vous priantdécrire une ou deux lignes par charité. Vousécrivez si bien et si facilement quand vous vou-lez : il ny a donc que la volonté qui vous man-que, et tout iroii bien pour moi si vous me vou-liez autant de bien que vous men pourriez faire;comme au contraire je ne puis vous témoigner lerespect que jai pour vous autant que je le vou-drois Lien.

LETTRE XXIII.

A M. VITART, A PARIS.

A Uzès , le 16 mai 1G62.

Vous aurez sans doute reçu mes lettres, quiétoient du même jour que votre dernière. Je voussuis infiniment obligé de la peine que vous avezprise de menvoyer un déinissoire. Je ne lauroisjamais eu si je ne leusse reçu que de dom Eosine.11 y a deux mois quil ne nous a point écrit ni àmon oncle ni à moi. Nous nen savons pas lesujet, et nous ignorons fout de même à quoi enest le bénéfice dAnjou. Mon oncle est tout prêtde vous labandonner, puisque aussi bien il nenespère plus rien. Mais jai bien peur que dontCosme ne veuille point lâcher les papiers quil aen main. Il ny a que Plandiu le procureur dont

on puisse savoir létal de laffaire, et puis il nefaut quune lettre pitoyable de dnm Cosme pourfinie pitié à mon oncle , qui laissera perdre cetteaffaire entre ses mains. Comme la dernière foisquil mécrivit, il nie mamloit que son âme netenoit plus quà un filet, tant il aveit pris de pei-ne ; jugez si cela ne toucheroit pas son frère 91 . Aureste, je vous prie très humblement de macquit-ter dun grand merci envers M. le prieur de laFerlé et M. Dueliesne. Je reconuois beaucoup labunne volonté quils ont tous deux témoignée pourmoi. Si je savois demeure M. Duchesne le fils,je lui énrirois ; car je serois honteux de vou9 char-ger de tant de leilres. Je souhaite que votre secondvoyage de la Ferlé vous soit aussi agréable que le