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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

un vrai demi-auteur * qui a plus de mauvais en-droits que de bons. Soyez un peu plus équitable ,ou plutôt ne soyez pas s» paresseux ; car cest ,je crois, ce qui vous tient. Vous auriez mille bon-nes choses à me dire , mais vous avez peur de tirerune lettre en longueur. Vous avez cent autrespersonnes à satisfaire ; tantôt le maître de luth, tau-tôt des chartreux, tantôt des beaux esprits, et quel-quefois aussi la belle Cypassis.Nêtes-vous pas admi-rable dans votre lettre sur le sujet de cette Cyp assis?Vous faites semblant de ne la pas connoître, etvous mallez jeter te chat aux jambex. ( Ce quolibetpassera , mais pour ny plus revenir. ) Je vous enavois parlé en passant, sur ce que vous maviezmandé que vous aviez lié quelque amitié avecune demoiselle dAngélique, et pour déguisercette hisioire j'avois pris le nom de Cypasois , quifut autrefois la demoiselle de Corinne. Relisez malettre si vous Lavez encore , et cela vous sauteraaux yeux. Mais nen parlons plus, et croyez anreste que, si javois reçu quelque blessure en cepays, je vous la découvrirais naïvement , et je nepourrai» pas même men empêcher. Vous savezque les blessures du cœur demandent toujoursquelque confident à qui lon puisse sen plaindre ,et si jen nvuis une de cette nature , je ne menplaindrais jamais quà vous: mais, Dieu merci,je suis libre encore , et si je quitlois ce pays, jerepor ,e rois mon cœur aussi sain et aussi entier queje l &i apporté : je vous dirai pourtant une assezplaisante rencontre à ce sujet.

Tl y u ici une demoiselle fort bien faite et dunetaille fort avantageuse. Je ne lavois jamais vuequà cinq ou six pas, et je Javois toujours trouvéefort belle ; son teint me paroissoit uF et éclatant,les yeux grands et dun beau noir , la gorge et lereste de ce qui se découvre assez librement en cepays, fort blano. Jen avois toujours quelque idéeassez tendre et assez approchante dune inclina-tion: mais je ne la voyois quà léglise : car,comme je vous ai mandé , je suis assez solitaire etplus que mon cousin ne me lavoit recommandé.Enfin, je voulus voir si je ûétois point trompédans lidée que javoîs delle , et jen trouvai uneoccasion fort honnête. Je mapprochai delle et luiparlai. Ce que je vous dis mest arrivé il ny apas un mois, et je navois dautre dessein que devoir quelle réponse elle rne ferait. Je lui parlaidonc indifféremment , mais sitôt que jouvris labouche et que je lenvisageai, je pensai demeurerinterdit. Je trouvai sur son visage de certaines bi-garrures comme si elle eût relevé de maladie, etcela me fit bien changer mes idées.Néanmoins je nedemeurai pas, et elle me répondit dun air fort

doux et fort obligeant -, et, pour vous dire la véri- , il faut que je laie prise dans quelque mauvaisjour, car elle passe pour fort belle dans la ville , etje connois beaucoup de jeunes gens qui soupirentpour elle du fond de leur cœur : elle passe mêmepour une des plus sages et des plus enjouées. En-fin , je fus bien aise de cette rencontre , qui servitdu moins à me délivrer de quelque commence-ment dinquiétude ; car je métudie maintenant àvivre un peu raisonnablement, et à ne me paslaisser emporter à toutes sortes dobjets. Je com-mence mon noviciat, mai» je souhaiterais quonme le fît achever à Ouclùe*L Je vois bien quevous êtes disposés , vous et mon cousin , à travail-ler pour moi de ce côté- , et je passerai volontierspar-dessus loules les considérations dhabit noir etdhabit blanc qui minquiéloient autrefois, et dontvous me faisiez tous deux la guerre : aussi il nya plus despérance en ces quartiers. On a reçunouvelle aujourdhui que laccommodement étoitpresque fait avec les pères de Sainte-Geneviève.Ainsi je ne puis plus prétendre ici quà quelquechapelle de vingt ou vingt-cinq écus. Voyez si celavaut la peine que je prends. Néanmoins je suis ré-solu de mener toujours le même train de vie, etdy demeurer jusquà ce que mon cousin men re-lire pour quelque meilleure espérance. Je gagne-rai cela du moins que jétudierai davantage, et quejapprendrai à me contraindre, ce que je 11 e sa-vais point du tout. Je vous prie de communiquerà mon cousin celte nouvelle qui est certaine, etque M. larchevêque dArles 85 a mandée aujour-dhui à M. dUzès® 0 , car cc sont eux deux qui ontfait ce beau dessein sans en parler à personne. Eufin, comme je mandois à M. VilaiL, il sembleque je gâte toutes les affaires je suis intéressé.Je ne sais si mon malheur nuira encore à la négo-ciation que mon cousin entreprend pour Ouchie.Quoi quil en soit, croyez que, sil en vient àbout, urbem (juum statuo, vestra est Sy . JepOUrroisêtre le seul titulaire, mais nous serions bien qua-tre bénéficiers. Vous ny serez point monsieurThomas, mais vous serez M. l'abbé ou M. leprieur; car je crois que 31. Yitart et M. l'oignant**vous en céderont bien facilement lautorité. Écri-vez-moi tout, je vous prie, et fut-ce pour meblâmer, ne soyez point du tout réservé. Conser-vez-moi quelque petite part dans les bonnes grâcesde mademoiselle Lucrèce. Entretenez-moi auprèsde M. lAvocat, et soyez toujours le même à monégard. Lété est fort avancé ici. Les rose» sont tan-tôt passées, et les rossignols aussi. La moissonavance, et les grandes chaleurs se font sentir.