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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACIHE.

Tout Je monde a les Plaidoyers de M. le Maistre.Enfin, on est plus curieux que je ne le croyois.Ce ne sont pourtant que les huguenots; car, pourJcs calhoLiques, ôtez un ou deux de ma connois-sance, ils sont dominés parles jésuites. Nos moinessont plus sots que pas un, et, qui plus est, desots ignorants, car ils nétudient point du tout.Aussi je ne les vois jamais , et jai conçu une cer-taine horreur pour cette vie fainéante de moine,que je ne pourrai pas bien dissimuler.

Pour le père Sconin, il est, sans mentir, fortsage et fort habile homme, peu moine et grandthéologien. Nous avons ici le père Mcynier , jé-suite, qui passe pour un fort grand homme. Onparle de lui dans la sixième Lettre au provincial. Ilna pas mieux réussi à écrire contre les huguenots,que contre M. Arnauld. Il y avoit ici un ministreassez habile , qui le traita fort mal. M. le princede C.onti se fie à lui, à ce quon dit, et luia donné charge dexaminer tous les prêches qui se-roicnl établis depuis lédit de Nantes, afin quonles démolît. Le père Meynier a fait donner indis-crètement assignation à trois prêches de ce quar-tier; et on nous dit hier que les commissaires a voientété obligés de donner arrêt de confirmation enfaveur de ces prêches. Cela fait grand tort au pèreMeynier et aux commissaires. Je vous conte toutcela, parceqnori ne parle dautre chose en celleville. Il y a uu évêque de cette province , que lesjésuites ne peuvent souffrir : cest M. dAleth 1tu ,que vous connoisscz assez de réputation. Il estadoré dans le Languedoc , et M. le Prince va fairetoutes ses Pâques chez lui.

Je vous dirai une autre petite histoire qui nestpas si importante, mais elle est assez étrange. Unejeune fille dUzès , qui Jogeoit assez près de cheznous, sempoisonna hier elle-même avec de lar-senic, pour se venger de son père, qui l avoitquerellée trop rudement. Elle eut le temps desc confesser , et ne mourut que deux heuresaprès. On croyoit quelle étoit grosse, et que lahonte lavoit portée à celte furieuse résolution.Mais on louvrit tout entière, et jamais fille ne futplus fille. Telle est lhumeur des gens de ce pays-ci ; ils portent les passions au dernier excès.

Je crois que vous aurez la bonté de me manderquelque chose de votre voyage , qui se sera sansdoute passé encore plus doucement que le premier,puisque la compagnie devoit être si belle. Je ne saissi vous y aurez vu M. Sconin 105 ; il nous écrivitavant-hier de Paris. Dans ma lettre , il se plaîgnoitfort de yous et deM. Ducliesne. Je dissimule toutcela à cause de son frère : mais sil continue da-vantage sur celte matière, je ne pourrai pas tou-jours me tenir, et jéclaterai. Ne lui en témoignezpourtant rien , je vous prie ; cela est infinimentau-dessous de vous. Je salue très humblementmademoiselle Vitart. Jécrirai, un autre voyage,à M. lAbbé ; je suis trop occupé aujourdhui.

Je suis fort serviteur de la belle ManonEt de la petite Nanon,

Cor je crois que cest le nomDont on nomma votre seconde ;

Et je salue aussi ce beau petit mignonQui doit bientôt venir au monde.

LETTRE XXVI.

AU MEME.

J.c C juin 1 G 62 .

Quoique je vous aie écrit par le dernier ordi-naire, toutes vos lettres me sont trop précieusespour en laisser une seule sans réponse. Croyez quecest le plus grand soulagement que je reçoive ence pays-ci parmi tous les sujets de chagrin que jyai. Mon oncle est encore malade , et cela nie tou-che sensiblement, car je vois que ses maladies neviennent que d'inquiétude et daccablement : ila mille affaires, toutes embarrassantes; il a payéplus de trente mille livres de dettes, cL il en dé-couvre tous les joui s de nouvelles : vuus diriez quenos moines avoient pris plaisir à se ruiner, tant ilsse sont endettés ; cependant quoique mon oncle selue pour eux, il reeomioîl de plus eu plus la mau-vaise volonté quils ont pour lui ; il en reçoit tousles jours des avis, et avec cela il faut quil dissi-mule tout. 11 traita splendidement M. dUzès lasemaine passée, et M. dUzès témoigne toute sortede confiance en lui ; mais il neu attend rien : cetévêque a des gens affamés à qui il donne tout. Mon

oncle est si lassé de tant dernbarras, quil mepressa beaucoup avant-hier de recevoir son béné-fice par résignation. Cela me fit trembler, voyantlétat sont les affaires, et je sus si bien lui re-présenter ce que eétoit que de sengager dans desprocès, cl au bout du compte demeurer moinesans titre et sans liberté , que lui même est le pre-mier à men détourner, outre que je nai pas lâge,purceqnil faut être prêtre; car quune dispensesoit aisée , ce seroil nouvelle matière de procès;et je sei ois traité de Turc à-More par les réformés.Enfin, il en vient jusque quil voudroit trouverun bénéficier séculier qui voulût de son bénéfice àcondition de me résigner celui quil auroit; maisil est difficile quon en trouve. Vous voyez parsi je lai gagné, et sil a de la bonne volonté pourmoi. J1 est résolu de me mener un de ces jours àNîmes ou à Avignon, pour me faire tonsurer, afinquen tous cas. sil vient quelque chapelle, iliapuisse impèucr-, car dès que les informés serontrétablis, vous êtes assuré quils ne me verront pasvolontiers avec lui ; et son bénéfice se trouve mal-