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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DU PREMIER RECUEIL.

,3S Ici Louis Racine, pour adoucir l’expression ,a bien aggravé l’accusation. Au véritable texte dela lettre de son pore, il a jugé à propos de sub-stituer celui-ci : il l’accuse d’avoir épousé sa proprefille. Au reste cette basse démarche, dictée àMontfleuri par l'animosité et la jalousie , fut ac-cueillie comme elle devoit l’être.

139 L’Hôtel de Bourgogne. On voit que Racineavoit d’abord l’intention de donner ta Thèbaideà ce théâtre. Celui du Palais-Royal. dont Molièreétnit le directeur, n’avoit encore joué jusqu’alorsque des comédies, et ta Thèbaide est la premièretragédie qui y ait été donnée.

■» 30 Cet endroit est remarquable : il parle descritiques sur son ode de la Renommée, faites parBoileau , à qui M- Levasseur avoit montré cetteode. Ces critiques lui iuspirèrent de l’estime pourBoileau, et une grande envie de le eonnoître.M. Levasseur le mena chez Boileau : et dans celtepremière visite commença leur fameuse et constante amitié.

151 C’étoit Boileau , que l’abbé Levasseur avoiteu occasion de voir à Crosne, et dont il procurala connoissance à Bacine.

CORRESPONDANCE

ENTRE RACINE ET LA FONTAINE.DEUXIÈME RECUEIL.

LETTRE I.

RACINE A LA FONTAINE-

A TJzès, le 11 novembre 1661.

J’ai bien vu du pays et j’ai bien voyagéDepuis que de vos yeux les miens ont pris congé.

Mais tout cela ne m’a pas empêché de songer tou-jours autant à vous que je faisois Lorsque nousnous voyions tous les jours ;

Avant qu’une fièvre importuneNous fît courir même fortune,

El nous mît chacun eu dangerDe ne plus jamais voyager.

Je ne sais pas sous quelle constellation je von9écris présentement, mais je vous assure que jen’ai point encore fait tant de vers depuis ma ma-ladie. Je croyois même eu avoir tout-à-fait oubliele métier. Seroil-il possible que les Muses eussentplus d’empire en ce pays que sur les rives de laSeine? Nous le reconnaîtrons dans la suite. Ce-pendant je commencerai à vous dire en prose, quemon voyage a été plus heureux que je ne pen-sois. Nous n’avons eu que deux heures de pluiejusqu’à Lyon. Notre compagnie étoitgaie et assezplaisante: il y avoit trois huguenots , un Anglois,deux Italiens, un conseiller du châtelet, deux se-

crétaires du roi et deux de ses mousquetaires : en-fin , nous étions au nombre de neuf ou dix. Je nemanquois pas tous les soirs de prendre le galop de-vant les autres pour aller retenir mon lit; car j’a-vois forL bien retenu cela deM. Botreau , et je luieu suis infiniment obligé : ainsi j’ai toujours étébien couché, et quand ;e suis arrivé à Lyon-, jene me suis senti non plus fatigue que si du quar-tier de Sainte-Geneviève j’avois éléàccLui de la rueGalande.

A Lyon je ne suis resté que deux jours, et jem’embarquai sur le Rhône avec deux mousquetai-res de notre troupe , qui étoient du Pont-Saint-Es-prit. Nous nous embarquâmes , il y a huit jours,dans un vaisseau tout neuf et bien couvert, quenous avions retenu exprès avec le meilleur patrondu pays ; cari! n’y a pas trop de sûreté de se met-tre sur le Rhône qu’à bonnes enseignes; néan-moins comme il n’avoit point plu du tout deversLyon, le Rhône étant fort bas, il avoit perdubeaucoup de sa rapidité ordinaire.

On pouvoit, sans difficulté ,

Voir ses Naïades toutes nues ,

Et qui, honteuses d’être vues ,

Pour mieux cacher leur nudité ,

Cherchoient des places inconnues.

Ces nymphes sont de gros rochers ,

Auteurs de mainte sépulture ,

Et dont L’etfroyable ligureFait changer de visage aux plus hardis nochers.