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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIÈME RECUEIL. 6a5

l'autre la mâchoire à demi emportée , avec I;t tètebandée d’une écharpe noire ; In dernier est unchevalier de Malte. Je vis aussi huit prisonniersqu’on amenoit du chemin couvert; ils Caisnienthorreur: l’un «voit un Coup de baïonnette dansle côté; un autre un coup de mousquet dans labouche ; les six autres avoient le visage et lesmains toutes brûlées du feu qui «voit pris à lapoudre qu’ils avoient dans leurs bavresacs.

LETTRE XXX.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Fontainebleau, le 3 octobre 1692.

Votre ancien laquais, dont j’ai oublié le nom ,m’a fait grand plaisir ce matin en m’apprenant devos nouvelles. Ace que je vois, vous êtes dansune fort grande solitude à Auteuil, et vous n’enpartez point. Est-il possible que vous puissiez êtresi long temps seul, et ne point faire du tout devers? Je m’attends qu’à mon retour je trouveraivotre Satire des femmes 11 ** entièrement achevée.Pour moi, il s’en faut bien que je sois aussi soli-taire que vous. M. de Cavoie a voulu encore àtoute force que je logeasse chez lui, et il ne m’apas été possible d’obtenir de lui que je tisse ten-dre un lit dans votre maison 1Sli , où je 11’aurois pasété si magnifiquement que chez lui, mais j’y au-rois été plus tranquillement et avec plus de liber-té. Cependant elle n’a été marquée par personne,au grand déplaisir des gens qui s’en éloient em-parés les autres années. Notre ami M. Félix y amis son carrosse et ses chevaux, et les miens n’yont pas même trouvé place; mais tout cela s’estpassé avec mon agrément et sous mon bon plaisir.J’ai mis mes chevaux à l'hotel de Cavoie , qui enest tout proche. M. de Cavoie a permis aussi àM. de Bonrepaux de faire sa cuisine chez vous.Votre concierge, voyant que les chambres de-meuroient vides, en a meublé quelqu’une, et l’alouée. On a mis sur la porte qu’elle éloit à ven-dre , et j’ai dit qu’on m’adressât ceiix qui la vien-draient voir; mais on ne m’a encore envoyé per-sonne. Je soupçonne que le concierge se trouvantfort bien d’y louer des chambres, seroil assez aiseque la maison ne se vendît point. J’ai conseillé àM. Félix de l’acheter, et je vois bien que je le fe-rai aller jusqu’à quatre mille francs. Je crois quevous ne feriez pas trop mal d’en tirer cet argent;et je crains que, si le voyage sc passe sans que lemarché soit conclu , M- Félix ni personne n’ysonge plus jusqu’à l’autre année. Mandez-mci là-dessus vos sentiments ; je ferai le reste.

On reçut hier de bonnes nouvelles d’Allema-gne. M. le maréchal de Lorges ayant fait assiéger,par un détachement de son armée, une petite villenommée Pforzheim, entre Philisbourg et Dour-!ach, les Allemands ont voulu s’avancer pour lasecourir. Il a eu avis qu’un corps de quarante es-cadrons avoit pris les devants, et n’étuil qu’à unelieue et demie de lui, ayant devant eus un ruis-seau assez difficile à passer. La ville a été prisedès le premier jour, et cinq cents hommes qui

étoient dedans ont été faits prisonniers de guerre.

Le lendemain 137 M. de Lorges a marché avectoute son armée sur ces quarante escadrons queje vous ai dits, et a fait d’abord passer le ruisseauà seize de ses escadrons, soutenus du reste de lacavalerie. Les ennemis, voyant qu’on alloit à euxavec celte vigueur, s’en sont fais 1 ?8 à vau-de-route,abandonnant leurs tentes et leur bagage , qui a étépillé. On leur a pris deux pièces de canon , deuxpaires de timbales et neuf étendards, quantitéd'ofiieiets, entre autres leur général, qui est on-cle de M. de Wirlcmbrrg et administrateur de ceduché; un général-ruajor de Bavière et plus detreize cents cavaliers. Ils en ont eu près de neufcents tués sur Ja place. Il ne nous en a coûtéqu’un maréchal-des-logis, un cavalier et six dra-gons. M. de Lorges a abandonné au pillage laville de Pforzheim , et une autre petite ville, au-près de laquelle étoient campés les ennemis. C'aété, comme vous voyez, une déroute, et il n’ya pas eu , à proprement parler , aucun coup detiré de leur part : tout ce.qu’on 0 pris et tué , c’aété en les poursuivant.

Le prince d’Orange est parti pour la Hollande.Son armée s’est rapprochée de Garni, et appa-remment se séparera bientôt. M. de Luxembourgme mande qu’il est en parfaite santé. Le roi seporte à merveille.

LETTRE XXXI.

RACISTE A BOILEAU, A PARIS.

Fonlainebleau, le 6 octobre lGgâ.

J’ai parlé à M. de Pontchartrain le conseiller 1 !S fdu garçon qui vous a servi ; et M. le comte deFiesqoe , à ma prière , lui en a parlé aussi. Il m’adit qu’il feroit son possible pour le placer; maisqu’il prétendent que vous lui en écrivissiez vous-môme au lieu de lui faire écrire par un autre.Ainsi je vous conseille de forcer un peu votre pa-resse, et de m’envoyer nue lettre pour lui, oubien de lui écrire par la poste.

J’ai déjà fait naître à madame de Mainlenonune grande envie de voir de quelle manière vousparlez de Saint-Cyr 140 . Elle a paru fort touchéede ce que vous aviez eu même la pensée d’en par-ler; et cela lui donne occasion de dire mille biensde vous.

Pour moi, j’ai une extrême impatience de voirce que vous me dites que vous m’enverrez. Je n’enferai part qu’à ceux que vous voudrez ; à personnemême si vous le souhaitez.

Je crois pourtant qu’il sera très bon que ma-dame de Mainteuoo voie ce que vous avez imaginépour sa maison. Ne vous mettez pas en peine; jele lirai du ton qu’il faut, et je ne ferai poiut de tortà vos vers.

Je n’ai point vu M. Félix depuis que j’ai reçuvotre lettre. A11 cas que vous ne trouviez point lescinq mille francs, ce que je croÎ3 très difficile, jevous conseille de louer votre maison ; mais il fau-dra pour cela que je vous trouve des gens qui