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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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6^4 LETTRES DE RACINE.

le feu y avoit passé. Adieu, monsieur. Je ne sau-rois me résoudre à finir quand je suis arec vous.

En fermant nia lettre, j’apprends que la prési-dente Barentin 1J1 , qui avoit épousé M. de Cor-maillon, ingénieur, a été pillée par un parti deCliarleroi. lis lui ont pris ses chevaux de carrosseet sa cassette, et l’ont laissée dans le chemin àpied. Elle venoit pour être auprès de son mari,qui avoit été blessé. Il est mort.

LETTRE XXIX.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Du camp près de Namur, le 24 juin 1C92.

Je laisse à M. de Val'mcour 1!2 le soin de vousécrire la prise du château neuT. Voici seulementquelques circonstances qu’il oubliera peut êtredans sa relation.

Ce château neuf est appelé autrement le fortGuillaume, pareeque c’est le prince d’Orangequi ordonna l’année passée de le faire construire ,et qui avança pour cela dix mille écus de son ar-gent. C’est vin grand ouvrage à cornes . avec quel-ques redans dans le milieu de la courtine, selonque le lerrain le demandait. Il est situé de tellesorte que, plus on eu approche, moins on ledécouvre, et depuis huit ou dix jours que notrecanon le battoit, il n’y avoit fait qu’une très petitebrèche à passer deux hommes, et il n’y avoit pasune palissade du chemin couvert qui fût rompue.M. de Vauban a admiré lui-mêinc la beauté decet ouvrage. L’mgénieur qui l’a tracé , et qui aconduit tout ce qu’on y a fait, est un IloIIandoisnommé Coèhorn. Il s’étoit enfermé dedans poul-ie défendre , et y avoit même fait creuser sa fosse,disant qu’il s’y vouloit enterrer. Il en sortit hieravec la garnison, blessé d’un éclat de bombe.M. de Vauban a eu la curiosité de le voir, cl,après lui avoir donné beaucoup de louanges, luia demandé s'il jugeoit qu’011 eût pu l’attaquermieux qu’on n’a fait. L’autre fit réponse que, sion l’eût attaqué dans les formes ordirfdires, et enconduisant mie tranchée devant la courtine et lesdemi-bastions, il se serait cncoie défendu plus dequinze jours, et qu’il nous en auroit coûté biendu monde; mais que, de. la manière dont on l’a-voit embrassé de toutes parts, il avoit fallu screndre. La vérité est que notre tranchée est quel-que chose de prodigieux , embrassant à la fois plu-sieurs montagnes et plusieurs vallées, avec uneinfinité de tours et de retours, autant presque qu’ily a de rues à Paris. Les gens de la cour commen-çoienl à s’ennuyer de voir si long-temps remuerla terre; mais enfin il s’est trouvé que, dés quenous avons attaqué la contrescarpe, les ennemis,qui craignoient d’être coupés, ont abandonnédans l’instant tout le chemin couvert, et voyantdans leur ouvrage vingt de nos grenadiers qui«voient grimpé par un petit endroit où on neponvoit monter qu’un à un, ils ont aussitôt battula chamade. Ils éloient encore quinze cents hom-mes, tous gens bien faits s’il y en a au monde. Leprincipal otlicier qui les commandoit, nommé

M. de Wimbcrg, est âgé de près de quatre-vingtsans. Gomme il éloil d’ailleurs fort incommodé desfatigues qu’il a souffertes depuis quinze jours , etqu’il ne pouvo^tplus marcher, il s’étoit fait portersur la petite brèche que notre canon avoit faite,résolu d’y mourir l’épée à la main. C’est lui quia fait la capitulation ; et il y a fait mettre qu’il luiseroil permis d’entrer dans le vieux château pours’y défendre encore jusqu’à la fin du siège. Vousvoyez par là à quels gens nous avons affaire , etque 1 art et les précautions de M. de Vauban nesont pas inutiles pour épargner bien de braves gensqui s’iroient faire tuer mal à propos. C’étoit encoreM. le Duc qui «toit lieutenant-général de jour, etvoici la troisième affaire qui passe par ses mains.Je voudrois que tous eussiez pu entendre de quellemanière aisée, et même avec quel esprit il m’abien voulu raconter une partie de ce que je vousmande ; les réponses qu’il fit aux officiers qui levinrent trouver pour capituler, el comme, en leurfaisant mille honnêtetés, il ne laissoit pas de lesintimider. On a trouvé le chernhi couvert toutplein de corps morts, sans tous ceux qui étoientàdemi enterrés dans l’ouvrage. Vos bombes ne leslaissaient pas respirer; ils voyoient sauter à toutmoment en l’air leurs camarades, leurs valets,leur pain , leur vin, et éloient si laB de se jeter parterre , comme on lait quand il tombe une bombe,que les uns se tenoient debout, au hasard de cequi en pourvoit arriver; les autres avoicnl creuséde petites niches dans des retranchements qu’ilsavoienl faits dans le milieu de l’ouvrage, et s’ytenoient plaqués Unit le jour. Ils n’avoient d’eauque celle d’un petit trou qu’ils «voient creusé enterre, et ont passé ainsi quinze jours entiers. Levieux château est composé de quatre autres fortsl’un derrière l’antre, et va toujours en s’étrécis-sant, en telle sorte que celui île ces forts qui està l’extrémité de la montagne ne paroîl pas pou-voir contenir trois cents hommes. Vous jugez bienquel fracas y feront nos bombes. Heureusementnous ne craignons pas d’en manquer sitôt. On entrouva hier chez les révérends pères jésuites deNamur douze cent soixante Joules chargées, avecleurs amorces. Les bons pères g.udoient précieu-sement ce beau dépôt sans en rien dire , espérantvraisemblablement de le rendre aux Espagnols aucas qu’on nous fît lever le siège. Ils paroissoientpourtant les plus contents du inonde d’être auroi, et ils me dirent à moi-mêuie , d’un air riantet ouvert, qu’ils lui éloient trop obligés de lesavoir délivrés de ces maudits protestants quiétoient en garnison à Namur, et qui avaient laitun piûcbe de leurs écoles ,î5 . Leroi a envoyé lepère recteur à Dole ; mais le P. de La Chaise ditlui môme que le 1 ni est trop bon , et que les supé-rieurs de leur compagnie seront plus sévères quelui. Adieu , monsieur. Ne me citez point. J’é-crirai demain à 11 . de Milan qui m’a mandé,connue vous , le crachement de s,mg de M. de LaChapelle. J’espère que cela n’aura point de suites;je vous assure que j’en suis sensiblement affligé.

J'0ubMois de vous dire que je vis passer les deuxotages que ceux du dedans de L'ouvrage à corneseinoyoieni au roi. L’un avoit le bras en écharpe;