TROISIÈME RECUEIL. 627
Combien n'a-t-on point vu de Phith aux doux yeux,Avant le mariage, anges si gracieux,Tout-à-coupse cbangeant en bourgeoisessauvages.Vrais démons, apporter l’enfer dans leurs ménages,Et découvrant l’orgueil de leurs rudes esprits,
Sous leur fontangc altière asservir leurs maris?
En voilà plus que je ne vous avois promis.Mandez-moi ce que vous y aurez trouvé de fautesplus grossières.
J’ai envoyé des pêches à madame de Caylus 148 ,qui le» a reçues, m’a-t-on dit, avec de grandesmarques de joie. Je vous donne le bonsoir, et suistout à vous.
LETTRE XXXIII.
RACINE A BOILEAU, A PARIS.
Du Quesnoi, le 5o mai i6c>3.
Le roi fait demain ses dévotions 149 . Je parlaiLier de M- le doyen 159 au P. de La Chaise; il medit qu’il avoit reçu votre lettre, me demanda desnouvelles de voire santé, et m’assura qu’il étuitfort de vos amis et de toute la famille. J’ai parlé cematin à madame de Main tenon, et lui ai mêmedonné une lettre que je lui avois écrite sur ce su-jet, la mieux tourné* que j’ai pu, afin qu’elle la pûtlire au roi. M. de™ianilai, de son côté, protestequ’il a déjà fait merveilles, et qu’il a parlé deM. le doyen comme de l’homme du monde qu’ilestimoit le plus, et qui rnériloit le mieux lesgrâces de sa majesté. Il promet qu’il reviendra en-core ce soir à la charge. Je l’ai échauffé de tout monpossible, et l’ai assuré de votre recomioissance etde celle de SI. le doyen et de MM. Dongois 151 .Voilà, mon cber monsieur, où la chose en est.Le reste est entre les mains du bon Dieu, quipeut-être inspirera le roi en notre faveur. Nous ensaurons demain davantage.
Quant à nos ordonnances, M. de Pontcbartrainme promit qu’il nous les feroit payer aussitôt aprèsle départ du roi. C’est à vous de faire vos sollicita-tions, soit par M. de Pontcbartrain le fils , soitpar M. l’abbé "Bignon ,S2 . Croyez-vous que vousfissiez mal d’aller vous-même une fois chez lui ? Ilest bien intentionné : la somme est petite. Enfin onm’assure qu’il faut presser , et qu’il n’y a pas unmoment à perdre. Quand vous aurez arraché celade lui . il ne vous en voudra que plus de bien.
Il faudroit aussi voir ou faire voir M. de Bie ,qui est le meilleur homme^du monde, et qui leferoit souvenir de vous quand il fera l’état de dis-trib utftin.
Au reste, j’ai été obligé de dire ici, le mieuxque j’ai pu , quelques uns des Ters de voire satireà M. le Prince. Nosit kominem. Il ne parle plusd’autre chose , et il me les a redemandés plus dedix fois.
M. le prince de Conli voudroit bien que vousm’envoyassiez l’histoire du lieutenant-criminel,dont il est surtout charmé. M. le Prince et lui nefont que redire les deux vers : La mule et les che-vaux au marché, etc. Je vous conseille de m’envoyer
tout cet endroit, et quelques autres morceaux dé-tachés , si vous pouvez. Assurez-vous qu’ils ne sor-tiront point de mes mains. M. le Prince n’est pasmoins touché de ce que j'ai pu retenir de votre ode.Je ne suis point surpris de la prière que M. de ronl-chnrlrain le fils vous a faite en faveur de Fonte-nelle 1 ss . Je savois bien qu’il avoit beaucoup d’in-clination pour lui, et c'est pour cela même queM.*de La Loubère ’ 54 n'en a guère. Mais enfinvous avez trèsbien répondu , et pour peu que Ton-tenelle se reconnoissc, je vous conseillerais aussi delui faire grâce : mais, à dire vrai, il est bien tard;et la stance a fait un furieux progrès.
Je n'ai pas le temps d’écrire ce matin à M. de LaChapelle. Ayez la bonté de lui dire que tout cequ’il a imaginé, et vous aussi, surl’Ordre de Saint-Louis 148 , me paroît fort beau-, ruais que pourmoi je voudrois simplement mettre pour type lacroix même de Saint-Louis , et la légende Ordo mi-litaris, etc. Chercherons-nous toujours de l’espritdans les choses qui en demandent le moins ? Je vousécris tout ceci avec une rapidité épouvantable , depeur que la poste ne soit partie.
Il fait le plus beau temps du monde. Le roi,qui a eu une fluxion sur la gorge , se porte bien.Ainsi nous serons bientôt en campagne. Je vousécrirai plus à loisir avant que de sortir du Quesnoi.
LETTRE XXXIY.
RACINE A BOILEAU, A l'ÀRIS.
Du Quesnoi, le 3i mai iCj)3.
Vous verrez , par la lettre que j’écris à M. l'abbéDongois, les obligations que vous avez à sa ma-jesté. M. le doyen est chanoine de la Sainte-Cha-pelle , et est bien mieux encore que je n’avois de-mandé. Madame de Mainlenon m’a chargé devous faire bien ses baisemains. Elle mérite bienque vous lui fassiez quelque remerciement, ou dumoins que vous fi ssiez d’elle une mention hono-rable qui la distingue de tout son sexe, comme eneffet elle en est distinguée de toute manière ‘ Sô .
Je suis content au dernier point de M. de Chain-lai, et il faut absolument que. vous lui écriviez ,aussi bien qu’au P. de La Chaise, qui a très bienservi M. le doyen.
Tout le monde m’a chargé ici de vous faire sescompliments , entre autres M. de Cavoie et M. deSérignan. M. le prince de Cnnti même m’a témoi-gné prendre beaucoup de part à votre joie. Nouspartons mardi pour aller camper sous Mon.s. Le roise mettra à la tête de l’armée de M. de fioufilers.M. de Luxembourg , avec la sienne , nous côloyerade fort près. Le roi envoie les dames à Maubeuge.Ainsi nous voilà à la veille de grandes nouvelles,Je vous donne le bonsoir, et suis entièrement àvous.
Songez à nos ordonnances. Prenez aussi la peinede recommander à >1. Donguis le petit Mercier,valet de chambre de madame de Mainlenon. Il vou-droit avoir pour commissaire , pour la conclusionde son affaire, ou M. l’abbé Brunet, ou M. l’abbé