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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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628 LETTRES DE RACINE.

Petit 1s7 . Si cela se peut faire dans les règles, etsans blesser la conscience, il faudroit tâcher de luifaire avoir ce qu’il demande.

LETTRE XXXV.

BOILEAU A RACINE.

i e f juin i6r)3.

Je sors de notre assemblée des inscriptions, oùj’ai été principalement pour parler à M. de Toureil;mais il ne s y est point trouvé. Il s’étoit chargé deparler de nos ordonnances à M. de Pontchartrainle père, et il devoit m’en rendre compte aujour-d’hui. J’enverrai demain savoir s’il est malade , etpourquoi il n’est pas venu. Cependant M. l’abbéRcnaudot m'a promis aussi d’agir très fortementauprès du même ministre. Cet abbé doit venir dî-ner jeudi avec moi à Auteuil, et me raconter toutce qu’il aura fait-, ainsi il lie se perdra pas detemps. Madame Racine ine lit l'honneur de souperdimanche chez moi, avec toute votre petite etagréable famille. Cela se passa fort gaiement. monrhume étant'presque entièrement guéri. Je n’aijamais vu une si belle journée. J’entretins fortmonsieur votre (ils, qui, à mon sens , croît tou-jours en mérite et en esprit. Il me montra une tra-duction qu’il afaited’une harangue de Xite-Live :et j’en fus fort content. Je crois non seulementqu’il sera habile pour les lettres, mais qu’il aurala conversation agréable, pareequ’en effet il peftsebeaucoup , et qu’il conçoit fort vivement tout cequ’on lui dit. Je ne saurois trouver de termes assezforts pour vous remercier des mouvements quevous vous donnez pour monsieur le doyen de Sens ;et quand l'affaire ne réussiroit point, je vous puisassurer que je n’oublierai jamais Insensible obli-gation que je vous ai. Vous m’avez fort surpris enme mandant l’empressement qu’ont deux des plusgrands princes de la terre pour voir des ouvragesque je n’ai pas achevés 1Si . En vérité , mou chermonsieur, je tremble qu’ils ne se soient trop aisé'ment laissés prévenir en ma faveur ; car, pour vousdire sincèrement ce qui se passe en moi au sujetde ces derniers ouvrages, i] y a des moments où jecrois n’avoir rien fait de mieux, maïs il y en a aussibeaucoup où je n’en suis point du tout content, etoù je fais résolution de ne les jamais laisser impri-mer.

O qu’heureux est M. Charpentier qui, raillé ,et mettons quelquefois bafoué sur les siens, semaintient toujours parfait ornent tranquille , et de-meure invinciblement persuadé de l'excellence deson esprit ! Il a tantôt apporté à l’académie une mé«daillc de très mauvais goût, et avant que de lalaisser lire , il a commencé par nu faire l’éloge. Ils’est mis par avance en colère sur ce qu’on y trou*veroit à redire , déclaratif pourtant que , quelquescritiques qu’on y pût faire , il sauroit bien ce qu’ildevroit penser là-dessus, et qu’il n’en resteroitpas moins convaincu qu elle étoit parfaitementbonne. Il a en elfet tenu parole , et tout le mondel’ayant généralement désapprouvée , il a querellétout le monde , il a rougi et s’est emporté; mais il

s’est en allé satisfait de lui-même. Je n’ai point, jel’avoue , celte force d’âme ; et si des gens un peusensés s’opiniâlroient de dessein formé à blâmerla meilleure chose que j’aie écrite , je leur résis-lerois d’abord avec assez de chaleur ; mai» je sensbien que peu de temps après je conclurois contremoi , et que je me dégoûlerois de mon ouvrage.Ne vous étonnez donc point si je ne vous envoiepoint encore par cet ordinaire les vers que vousme demandez, puisque je n’oserois presque meles présenter à moi-même sur le papier. Je vousdirai pourtant què'j’ai en quelque sorte achevél'Ode sur Namur, à quelques vers près , où je n’aipoint encore attrapé l’expression que je cherche.Je vous l’enverrai un de ces jours ; mais o’est à lacharge que vous la tiendrez secrète , et que vousn’en lirez rien à personne , que je ne l’aie entiè-rement corrigée sur vos avis. Il n’est bruit ici quede9 grandes choses que le roi va faire ; et, à vousdire le vrai, jamais commencement de campagnen’eut un meilleur air. J’ai bien vu dans les livresdes exemples de grandes félicités; mais au prix dela fortune du roi, à mon sens, tout est malheur.Ce qui m’embarrasse , c’est qu’ayant épuisé pourNamur toutes les hyperboles et toutes les har-diesses de notre langue , où trouverai-)e des expres-sions pour le louer, s’il vient à faite quelque chosede plus grand que la prise de celte ville ? Je saisbien ce que je ferai ; je garderai le silence et vouslaisserai parler. C’est le meiWur parti que jepuisse prendre spectuîus satin, nie. Je vous prie debien témoigner à M. de Chamlai combien je lui suisobligé des bons ollices qu’il reud à mon frère 153 ;je vois bien que la Ibrtuue n’est pas capable del’aveugler , et qu’il voit toujours scs amis avec lesmômes yeux qu’auparavaul. Adieu, mon chermonsieur , soyez bien persuadé que je vous aimeet que je vous estime infiniment. Dans le tempsque j’allois finir cette lettre, M. l’abbé Dongoiseslentré dans ma chambre avec le petit mot de lettreque vous écrivez à madame Racine , et où vousmandez l’heureux , surprenant, incroyable succèsde votre négociation 150 . Que vous dirai-je là-des-sus? cela demande une lettre tout entière, queje vous écrirai demain. Cependant souvenez-vousde l’état de Pamphile à la fin de l’Andrienne, Nuncest quum me interfici paiiar ; voilà à peu près monétat. Adieu encore un coup, mon cher, illustris-sime , effectif, ou , puisque la passion permet quel-quefois d’inventer des mots , mon effectissime ami.

LETTRE XXXVI.

BOILEAU A RACINE, A L’ARMÉE.

Paris, ce 4 juin 1693 .

Je vous écrivis hier au soir une assez longuelettre 161 , et qui étoit toulc remplie du chagrin quej’avois alors , causé par un tempérament sombrequi nie dominoit,et par un reste de maladie;mais je vous en écris une aujourd’hui Joule pleinede la joie que m’a causée l’agréable nouvelle quej’ai reçue. Je ne saurois vous exprimer l’allégressequ’elle a excitée dans toute notre famille ; elle a