TROISIÈME
ici fort lente, et peut être (noms utile que ce qu’onpeut faire au-delà du Rhifi 1S7 .
Nous allons demain coucher à Namur. M. deLuxembourg demeure en ce pays-ci avec une ar-mée capable, non seulement de faire tète aux en •nemis, mais même de leur donner beaucoupd’embarras. Adieu, mou cher mousieur. Je mefais un grand plaisir de vous embrasser bientôt.
M. de Chamlai a parlé depuis moi au P. de LaChaise ^ qui lui a di l les mêmes choses qu’il m’a-voit dite», que tout ira bien , et qu’il n’y a qu’à lelaisser faire. M. de Chamlai n’a point encore reçude vos nouvelles; mais il compte sur votre amitié.Tous les gens de mgsamis qui eonnoisscntleP. deLa Chaise et la manière dont s’est passée l’affairede M. le doyen m'assurent tous que nous devonsavoir l’esprit en repos 16S .
LETTRE XXXIX.
BOILEAU A RACINE, A^l’aRMEE.
Paris, ce t3 juin iGg3.
Je ne suis revenu que ce matin d’Auleuil, oùj’ai été passer, durant quatre jours, la mauvaisehumeur que w’avoit donnée le bizarre contre-temps qui nous est arrivé dans l'affaire de la cha-noinie. J’ai reçu , en arrivant à Paris, votre der-nière lettre , qui m’a fort consolé, aussi Lien quecelle que vous avez écrite à 31. l’abbé Dongois.
J’ai été fort surpris d’apprendre que M. de Cham-lai n’avoit point encore reçu le compliment queje lui ai envoyé sur-le-champ , et qui a été portév à la poste en même temps que la lettre que j’aiécrite au révérend P. dje La Chaise. Je lui en écrisun nouveau , afin qu ’il ne me soupçonne pas deparesse dans une occasion où il m’a si bien mar qué,et sa bonté pour moi, et sa diligence à obliger monfrère; mais de peur d’une nouvelle méprise, jevous l’envoie, ce compliment, empaqueté dansma lettre, afin que vous le lui rendiez en mainpropre.
Je ne saurois vous exprimer la joie que j’ai duretour du roi. La nouvelle bonté que sa majesté’m’a témoignée en accordant à mon frère le béné-fice que nous demandons a encore augmenté lezèle et la passion très sincère que j’ai pour elle. Jesuis ravi de voir que sa sacrée personne ne serapoint en danger cette campagne, et, gloire pourgloire, il me semble que les lauriers sont aussibons à cueillir sur le Rhin et sur le Danube quesur l’Escaut et sur la Meuse. Je ne vous parle pointdu plaisir que j’aurai à vous embrasser plus tôtque je ne croyois, car cela s’en va saus dire.
Vous avez bien fait de ne me poitil envoyer par.écrit vos remarques sur mes stances , et d’attendreà m’en entretenir que vous soyez de retour, puis-que , pour en bien juger, il faut que je vous aiecommuniqué auparavant les différentes manièresdont je les puis tourner . et les retranchements oules augmentations que j’y puis faire.
Je vous prie de bien témoigner au révérend P.de La Chaise l’extrême reconnoissance que j’ai detoutes scs bontés. Nous devons encore aller lundi
RECUEIL. ô31
prochain, M. Dongois et moi, prendre madameRacine pour la mener avec nous chez M. de Rie ,qui ne doit être revenu de la campagne que cejour-là.
J’ai fait ma sollicitation pour vous à M. l'abbéBignon ; il m’a dit que c’éloit une chose un peudifficile , à l’heure qu’il est . d’être payé ou trésorroyal. Je lui ai représenté que vous étiez actuel-lement dans le service , et qu’ainsi vous étiez aumême droit que les soldais et les autres officiersdu roi. Tl m’a avoué que je disois vrai , et s’estchargé d’en parler très.fortement à M. de Pont-chartrain. Il me doit rendre réponse aujourd’huià notre assemblée. Adieu le type de M. de La Cha-pelle sur Bruxelles. Il éloit pourtant imaginé fortheureusement et fort à propos; mais, à monsens, les médailles prophétiques dépendent unpeu du hasard, et ne sont pas toujours sûres deréussir. Nous voilà revenus à Heidelberg 1(i9 . Jepropose pour mot tteidelberga deteta , et nous ver-rons ce soir si on l’acceptera , ou les deux vers la-tins que propose M. Charpcn(jer, et qu’il trouved’un goût merveilleux pour la médaille. Les voici :Servare potui, perdere si postim rogas 1:0 ? Or ,comment cela vient à Heidelberg , c’est à vous àle deviner ; car ni moi ni môme, je crois, M. Char-pentier, n’en savons rien.
Je ne vous parle presque point, comme vousvoyez , de noire chagrin sur la chanoinin, parce-que vos lettres m’ont rassuré, et que d’ailleurs iln’y a point de chagrin qui tienne contre le bon-heur que vous me faites espérer de vous revoirbientôt ici de retour. Adieu , mou cher monsieur.Aimez-moi toujours, et croyez qu’il n’y a per-sonne qui vous honore et vous révère plus quemoi.
LETTRE XL.
BOILEAU A RACINE.
Paris, jeudi au soir i 8 juin 1693 .
Je ne saurois, mon cher monsieur, vous expri-mer ma surprise, et quoique j'eusse les plusgrandes espérances du monde , je ne laissois pasencore de me défier de la fortune de M. le doyen.C’est yous qui avez tout fait, puisque c’est à vousque nous devons l’heureuse protection de madamede ftlaintenon. Tout mon embarras maintenantest de savoir comment je m’acquitterai de tantd’obligations que je vous aî. Je vous écris ceci dechez M. Dongois le greffier, qui est sincèrementtransporté de joie, aussi bien que toute notre fa-mille; et de l’humeur dont je vous cennois, jesuis sûr que vous seriez ravi vous-même de voircombien d’un seul coup vous avez fait d'heureux.Adieu, mon cher monsieur. Croyez qu’il n’y apersonne qui vous aime plus sincèrement, ni parplus de raisons que moi. Témoignez bien à AT. deCavoie 1 "'1 la joie que j’ai de sa joie, et à M- deLuxembourg mes profonds respects. Je vous donnele bonsoir, et suis, autant que je le dois , tout àvous.
Je viens d’envoyer chez madame Racine.
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