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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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63* LETTRES DE RACINE.

LETTRE XLI.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Versailles . le 9 juillet 1698.

Je Tais aujourd'hui à Marly. où le roi demeu-rera près d’un mois; mai» je ferai de temps entemps quelques voyages à Paris, et je choisirailes jours de la peliic académie, dépendant je suisbien fâche que vous ne m'avez pa» donné votreode; j’aurois peut-être trouvé quelque occasionde la lire au roi. Je vous conseille même de mel’envoyer : il n’y a pa» plus de deux lieues d'Au-tcuil à Marly. Votre laquais n'aura qu’à me de-mander, et me chercher dans l’appartement deM. Félix. Je vous prie de renvoyer mon fils à samère; j’appréhrnde que votre grande bonté 11evous coûte un peu trop d’incommodité. Je suisentièrement à vous.

LETTRE XLII.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Marly, le 6 août au malin , 1693.

Je ferai vos présents ce matin 17Î . Je ne sais pasbien encore quand je vous reverrai, pareequ'onattend à toute heure des nouvelles d’Allemagne.La victoire de M. de Luxembourg est bien plusgrande que nous ne pensions, et nous n'en sa-vions pas la moitié 17s . Le roi reçoit lous les joursdes lettres de Bruxelles et de mille autres endroits,par où il apprend que les ennemis n’avoienl pasune troupe ensemble le’ lendemain de la bataille.Pre.sque tnuie l’infanterie qui restoit avoit jeté sesarmes. Les troupes holiandoises se sont la plupartenfuies jusqu’en Hollande. Le priuce d’Orange,qui pensa être pris après avoir fait des merveilles,coucha le soir, lui huitième, avec M. de Ba-vière 1 " 4 , chez un curé pri£ de Loo. Nous avonspris vingt cinq ou trente drapeaux, cinquantecinq étendards, soixante-seize pièces de canon,huit mortiers, neuf pontons, sans tout ce qui esttombé dans la rivière. Si nos chevaux, qui n’a-voient point mangé depuis deux fois vingt-quatreheures, eussent pu marcher, il ne resteroit pasun homme ensemble aux ennemis.

Tout en vous écrivant, il me vient en pensée devous envoyer deux lettres, une de Bruxelles, l’au-tre de Vilvorde, et un récil du combat en géné-ral, qui me fui dicté hier au soir par M. d’Alber-gotti 1 ?s . Croyez que c’est comme si M - de Luxem-bourg l’avoit dicté lui-même. Je ne sais si vous lepourrez lire: car en écrivant j’étois accable desommeil, à peu près comme étoît H- Puimorin 180en écrivant ce bel arrêt sous M. Dongois. Le roiest transporté de joie , et tous les ministres, de lagrandeur de cette action.

Vous m.e feriez un fort grand plais», quandvous aurez lu tout cela, de l'envoyer bien cacheté, avec cette même lettre que je vous écris ,à M. l'abbé Renaudof 177 , afin qu'il ne tombepoint dans l'inconvénient de l’année passée. Je

suis assuré qu’il vous en, aura obligation. Ce nesera que la peine de votre jardinier. Il pourra dis-tribuer une partie des choses que je vous envoieen plusieurs articles, tantôt sous celui de Bruxel-les, tantôt «ous celui de Landeferraé , où M. deLuxembourg campa le 3i juillet, à demi-lieue duchamp de bataille, tantôt même sous l’article deMaliues ou de Vilvorde.

Il saura d’ailleurs les actions des principaux par-ticuliers, comme, que M. de Chartres chargeatrois ou quatre fois à la tête de divers escadrons,et fut débarrassé des ennemis, ayant blessé de samain l'un (Peux quile vouloit emmener ; le pauvreVacoigne , tué à son côté : M. déArcy 178 son gou-verneur, tombé aux pieds de ses chevaux , le sienayant été blessé; La Berlière, son sous-gouver-neur, aussi blessé. M. le prince de Conti chargeaaussi plusieurs fois , tantôt avec la cavalerie, tan-tôt avec l’infanterie , et regagna pour la troisièmefois le fameux village de Nerwinde, qui donne lenom à la bataille , et recul sur la tête un coup desabre d’un des ennemis, qu’il tua sur-le champ.M. le Duc chargea de même, regagna la secondefois le village à la tête de l’infanterie, et com-battit encore à la tête de plusieurs escadrons decavalerie. M. de Luxembourg éloît, dit-on, quel-que chose de plus qu’humain , volant partout, etmême s’opiniâtrant à continuer les attaques dansle temps que les plus braves étoient rebutés, me-nant en personne les bataillons et les escadrons àla charge. M. de Montraorenci 179 , son fils aîné,après avoir combattu plusieurs fois à la tête de sabrigade de cavalerie, reçut no cuup de mousquetdans le temps qu’il se mettoit au-devant de sonpère pour le couvrir d'une décharge horrible queles ennemis firent sur lui. M. le comte de Luxe 180son frère a etc blessé à la jambe ; M. de la Roche-Guyon 181 au pied, et tous les autres que saitM. l’Abbé. M. le maréchal de Joyeuse 18J blesséaussi à la cuisse, et retournant au combat aprèssa blessure. M. le maréchal de Yilleroi 18 * entradans les lignes ou retranchements à la tête de lamaison du roi.

Nous avons quatorze cents prisonniers, entrelesquels cent soixante-cinq officiers, plusieurs olfi-ciers généraux, dont on aura sans doute donnéles noms. On croit le pauvre Buvigni 184 tué: ona ses étendards, et ce fut à la tête de son régimentde François que le prince d’Orânge chargea nosescadrons, en renversa quelques uns, et enfin futrenversé lui-même. Le lieutenant-colonel de cerégiment, qui fut pris, dit à ceux quile pre-noient, en leur montrant de loin le prince d’O-range : « T enez , messieurs , voilà celui qu’il vousr falloit prendre, s Je conjure M. l’abbé Renau-dot, quand il aura fait «on usage de touL ceci, dobien recacbeter. et cette lettre, et mes mémoires,et de le-- renvoyer chez moi.

Voici encore quelques particularités. Plusieursgénéraux des ennemis étoient d’avis de repasserd’abord la rivière. Le prince d’Orangc ne voulutpas. L’élecleur de Bavière dit qu’il falloit au con-traire rompre tous les pnnls, et qu’ils tenoient à cecoup les François. Le lendemain du combat,M. de Luxembourg a envoyé à Tirlcmont, où il