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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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TROISIEME RECUEIL. 63 7

chez M. de Lamoignon. Il ru’a dit que ce théolo-gien étoitle dernier des hommes: que si sa sociétéavoit à être fâchée , ce n’étoi t pas de mon ouvrage,mais dn ce que des geus osoienl dire que cet ou-vrage étoit fait contre les jésuites.

Je vous écris tout ceci à dix heure» du soir, aucourant de la plume. Vous en ferez tel usage quevous jugerez à propos. Cependant je vous prie deretirer lu copie que vousavez ilise entre les mainsde madame de Mainlenon, afin que je lui en re-donne une autre où l’ouvrage soit drths l’état oùil doit demeurer. Je vous embrasse de lout moncœur, et s$i» tout à vous.

LETTRE XLIX.

RACINE A BOILEAU, A PARIS.

Fontainebleau, le 8 octobre 1C97.

Je vous demande'pardon si j’ai été si long-tempssans vous faire réponse : mais j’ai voulu . avanttoutes choses, prendre un temps favorable pourrecommander M. Manchon à M. de Barbesieux 223 .Je Parfait, et il m’a fort assuré qu'il feroit sonpossible pour me témoigner la considération qu’ilavoit pour vous et pour moi. J 1 m’a paru que lenorp de M. Manchon lui étoit assez inconnu ; etje me suis rappelé alors qu’il avoit un autre nom,dont je ne me souvenois point du tout. J’ai eu re-cours à M. de La Chapelle 224 , qui 111’a fait unmémoire que je présenterai à M. de Barbesieuxdés que je le verrai. Je lui ai dit que M. l’abbé deLouvois 225 voudroit bien joindre les prières auxnôtres , et je crois qu’il n’y aura point de mal qu’illui en écrive un mot.

Je suis bien aise que vous ayez donné votreépître 226 à M. de Meaux , et que M. de Paris soitdisposé à tous donner une approbation authenti-que. Vous serez surpris quand je vous dirai queje n’ai point encore rencontré M. de Meaux,quoiqu il soit ici ; mais je ne vais guère aux heu-res où il va chez le roi, c’est-à-dire au lever et aucoucher; d'aillébrs, la pluie, presque conti-nuelle , empêche qu’on ne se promène dans lescours et dans les jardins, qui sont les endroits oùl’on a coutume de se rencontrer. Je sais seule-ment qu’il a présenté au roi l’ordonnance deM. l’archevêque de Reims 2,7 contre les jésuites.Elle m’a paru très forte, et il y explique très net-tement la doctrine de Molina avant de la con-damner. Voilà, ce me semble, un rude couppour les jésuites. Il y a bien des gens qui com-mencent à croire que leur crédit est fort baissé,puisqu’onles attaque si ouvertement. Au lieu queC’étoit à eux qu’on donnoil autrefois des privi-lèges pour écrire fout ce qu’ils vouloient, ils sontmaintenant réduits à né se défendre que par depetits libelles anonymes, pendant que les censuresdes évêques pleuvent de tous côtés sur eux. Votreépilre ne contribuera pas à les consoler ; et il mesemble quc$ous n’avez rien perdu pour attendre,et qu’elle paraîtra fort à propos.

On a eu nouvelle aujourd’hui que M.le princede Conli étoit arrivé en Pologne 228 ; mais on n’ensait pas davantage , n’y ayant point encore decourrier qui soit venu de sa part. M, l’abbé Re-naudol vous en dira plus que je ne saurais vousen écrire.

Je n’ai pas fort avancé le mémoire 229 dontvous me parlez. Je erains même d’être entré dansdes détails qui l’alongcront bien pins que je necroyois. D’ailleurs, vous savez la dissipation de cepays-ci. Pour m’achever, j’ai ma seconde fille àMelun, qui prendra l’habit dafts ]n$t jours 23 ".J’ai fait deux voyages pour essayer de la détour-norde cette résolution , ou du moins pourobtenird’elle qu’elle différât encore six mois ; mais je l’aitrouvée inébranlable. Je souhaite qu’elle se trouveaussi heureuse dans ce uouvel état, qu’elle a eu.d’empressement pour y entrer. M. l’archevêquede Sens 231 s’est offert de venir faire la cérémonie,et te n’ai pas o»é refuser un tel honneur. J’ai écrità M. l’abbé Boileau 2SS pour le prier d'y prê-cher, et il a l'honnêteté de vouloir bien partirexprès de Versailles en poste pour me donnercette satisfaction. Vous jugez bien que tout celacause assez d’embarras à un homme qui s’em-barrasse aussi aisément que moi. Plaigncz-morunpeu dans votre profond lokir d’Auteuil, et excu-sez si je n’ai pas été plus exact à vous mander desnouvelles. La paix 233 en a fourni d’assez considé»râbles, et qui nous donneront assez de matièrepour nous entretenir quand j’aurai l’honneur devous revoir. Ce sera, au plus tard , dans quinzejours; car je partirai deux ou trois joursavant ledépart du roi. Je suis entièrement à vous.

LETTRE L.

RACINE A BOILEAU.

Paris, ce lundi 20 janvier 1698.

J’ai reçu une lettre de la mère abbesse de Port-Royal 234 , qui me charge de vous faire mille re-merciements de vos épîlres que je lui ai envoyéesde votre part. On y est charmé , et de l'épître deVAmour de Dieu, et de la manière dont vous par-lez de M. Arnauld. On voudroit même que cesépîtres fussent imprimées en plus petit volume.Ma fille aînée , à qui je les ai aus»i envoyées 23S ,a été transportée de joie de ce que vous vous sou-venez encore d’elle. Je pars dansee moment pourVersailles , d’où je ne reviendrai que samedi. J’ailaissé à ma femme ma quittauce pour recevoir mapension d'homme de lettres; je vous prie de l’a-vertir du jour que vous irpz chez M. Gruyn 2Sfi ,elle vous ira prendre et vous mènera dans soncarrosse.

J’ai eu des nouvelles de mon fils par M. l’ar-chevêque de Cambrai, qui me mande qu’il l’a vuà Cambrai jeudi dernier 2 37 . et qu’il a été fortcontent de l’entretien qu’il a eu avec lui. Je suis àvous de tout mon cœur.