LETTRES DE RACINE.
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prit solide, et à vous mettre en état de ne rae pointfaire de déshonneur quaDd vous Tiendrez à paroîtredans le monde. Je vous assure qu’après mon salut,c’est la chose dont je suis le plus occupé. Ne re-gardez point tout ce que je tous dis comme uneréprimande, mais comme les avis d’un père quitous aime tendrement, et qui ne songe qu’à vousdonner des marques de son amitié. Écrivez-moile plus souvent que vous pourrez, et laites mescompliments à votre mère. 11 n’y a ici aucunenouvelle , sinon que le roi a toujours la goutte, etque tous les princes reviennent de l’armée de Flan-dre.
LETTRE XII.
A Paris, ce samedi ai mai 1695 4 L
Je vous envoie ce soir le petit carrosse pour vousamener demain dîner avec nous. Vous y trouverez31. Despréaux , qui y doit dîner aussi. Plût à Dieuque M. Vigan 45 pût être de la partie! Mais j’es-père le voir mardi au soir, qui est le jour que jevous remènerai à Versailles. J’ai fait mettre uupetit placet dans le carrosse, afin que Henri re-vienne avec vous. Dites-lui qu’il aille ce soir de mapart chez madame d’Heudicourt 46 , pour savoirdes nouvelles de sa santé. Elle loge au-dessus del’appartement de feu madame de Barbesicux 47 ,au bout de la galerie de Monsieur. Je voudroisqu’il allât avec le cocher visiter mon appartement,et y porter les hardes que j’y envoie. Adieu , moncherfils. Faites mes compliments à M. et à madameVigan.
LETTRE XIII.
A Paris, ce 5 juin 1 Gg5.
C'est tout de bon que nous partons aujourd'huipour notre voyage de Picardie 48 . Comme je seraiquinze jours sans vous voir, et que vous êtes con-tinuellement présent à mon esprit, je ne puism’empècher de .vous répéter encore deux ou troischoses que je crois très importantes pour votreconduite.
La première, c’est d’être extrêmement circon-spect dans vos paroles, et d’éviter avec grand soinla réputation d’être un parleur, qui est la plusméchante réputation qu’un jeune homme puisse,avoir dans le pays où vous êtes. La seconde estd’avoir une extrême docilité pour les avisde M. etmadame Vigan, qui vous aiment comme leur en-fant.
J’ai oublié de vous recommander d’être fort exactaux heures de leurs repas, et de ne jamais faireattendre après vous. Ainsi ajustez si bien vos pro-menades et vosrécréations , que vous no leur soyezjamais à charge.
N’oublîcz point vos études, et cultivez conti-nuellement votre mémoire , qui a grand besoin d’ê-tre exercée. Je vous demanderai compte à monretour de vos lectures, et surtout de l’histoire deFrance , dont je vous demanderai à voir vos ex-traits.
Vous savez ce que je vous ai dit des opéra etdes comédies qu’on dit que l’on doit jouer à Marly.11 est très important pour vous et pour moi-mêmequ’on ne vous y voie point, d’autant plus que vousêtes présentement à Versailles pour y faire vosexercices, et non point pour assistera toutes cessortes de divertissements. Le roi et toute la coursavent le scrupule que je me fais d’y aller, et ilsauroicnl très méchante opinion de vous si * à l’â^eque vous avez, vous aviez si peu d’égard pour moiet pour mes sentiments. Je devois, avant touteschoses, vous recommander de songer toujours àvotre salut, et de ne perdre point l’amour que jevoua ai vu pour la religion. Le plus grand déplaisirqui puisse m’arriver au monde , c’est s’il me reve-noit que vous êtes un indévot, et que Dieu vousest devenu indifférent. Je vous prie de recevoir cetavis avec la même amitié que je vous le donne.
Je vous conseille d’aller quelquefois savoir desnouvelles de M. de Cavoie. à qui vous ne pouvezignorer que je suis si attaché. Quand vous verrez31. Félix le père , faites-lui bien mes compliments,et dcmandcz-Iui s’il n’a rien à me mander au sujetde mon logement; il entendra ce que cela veutdire , et vous me ferez sa'oir sa réponse sans enrien dire â personne. Voyez aussi M. de Valin-cour 47 , et priez-le de ma part de se souvenir deM. Sconin 50 . Écrivez-moi jusqu’à jeudi prochain,c’est-à-dire que vous pourrez nous écrire une oudeux fois pour nous mander les nouvelles quevous saurez : cela fera plaisir à voire oncle deMonldidier Payez le port jusqu’à Paris. Maispassé jeudi, ne m’adressez plus vos lettres qu’àParis même : car j’espère partir de 3Iontdidier dedimanche en huit jours. Adieu, mon cher fils.Faites bien mes compliments à M. et à madameVigan , et à M. Félix le fils. N’oubliez pas aussi deles faire à M. de Sérignan s2 , qui me témoignebien de l’amitic pour vous. Demandez-iui s’il nesait point de nouvelles que vous me puissiez man-der.
Suscript'ion : A M. Racine le jeune, gentilhommeordinaire du roi, chez M. Vigan , à la petite écu-rie, à Versailles,
LETTRE XIV.
A Montdidier, le 9 juin iGg5.
Votre lettre nous a fait ici un très grand plaisir,et quoiqu’elle ne nous ait pas appris beaucoupde nouvelles, elle nous a du moins fait jugerqu’il n’y avoil pas un mot de Ti ai de toutes cellesqu’on débite dans ce pays-ci. C'est une plaisantechose, que les provinces : tout le monde y estnouvelliste dès le berceau , et vous n’y rencontrezque gens qui débitent gravement et affirmative-ment les plus sottes choses du monde.
Je suis bien honteux que madame d’Ileudicourtvous ait prévenu, et que vous nu l’eussiez pasencore été saluer chez elle. J’apprends tout pré-sentement, par une lettre de Dufresne, qu’on aapporté de sa part au logis une demi-douzaine dejambons. Ne manquez pas, au nom de Dieu,