QUATRIÈME RECUEIL. 649
tous me demandiez I» permission de faire présentd’une Athahe à un chartreux. Vous le pouvez fairesans difficulté. Je suis seulement fâché de ne m’êtrepas souvenu plus tôt de tous en parler.
Le roi partira de demain en huit jours pour al-ler à Choisi, où il doit coucher deux nuits. Pourmoi, j’irai ce jour-là tout droit à Paris, et j’espcrcque ce sera avec M. de Cavoie , qui commence àse mieux porter , et à qui M. Félix promet uneprochaine guérison. Madame sa femme îs dit quec’est votre mère qui l’a guéri avec le remède dn têtede mouton qu’elle lui a enseigné . et dont madamede Cavoie , qui «voit aussi un commencement dedyssentcric , s’est fort bien trouvée. Je viens d’ap-prendre que M. du Tartre avoit une grosse fièvre.Il a eu en tcle de demander la chambre où M. Mo-reau 3 * est mort d’une fièvre maligne. Je fis ce queje pus pour l’eiupccher d’y mettre son lit, mais jene le persuadai point. Je eraimlrois qu'il n’eût ga*gné la fièvre. Faites bien des amitiés pour moi àvotre mère , et dites-Iui que celte lettre est pourelle aussi bien que pour vous. Faites aussi mesbaisemains à vos sœurs. M. l’archevêque de Sensa perdu M. son frère 55 à la bataille , et je crois queM. Chapelier vous l’aura dit.
LETTRE X.
A Fontainebleau , le 24 septembre 169/^
Je vous suis obligé du soin que vous avez prisde faire toutes les choses que je vous avois recom-mandées. Je suis en peine de la santé de M. Nicole ,et vous me ferez plaisir d’y envoyer de ma part,et de me mander de ses nouvelles. J’espère retour-ner à Melun lundi ou mardi avec M. l'archevêquede Sens* 6 , en attendant que j’y aille avec M.*Fé-lix.- Je. croyois avoir fait mettre dans mon coffreun livre que j'ai été fort fâché de n’y avoir pointtrouvé. Ce sont les P marnes latins de Valable, àdeux colonnes et avec des notes, in-8°, qui sontà la tablette où je mets d’ordinaire mon diurnal.Je vous prie de les chercher et de les empaqueterbien proprement dans du papier, et d’envoyer sa-voir par le cocher si M. l’abbé de Saiilans 3r vientà Fontainebleau bientôt. Au cas qu’il vienne , ilfaudroit l’envoyer prier de vouloir mettre ce livredans son paquet, sinon il faudra prier M. Sconinde le donner au valet de chambre de M. le ducde Chevreuae, qui viendra peut-être icid.uigpeude jours.
On a eu aujourd’hui nouvelle que les Angloisavoient voulu faire jouer quelques machines con-tre le port de Dunkerque 35 , mais qu’011 avoitfait sauter en l’air ces machines avec une perte deshommes qui étoieut dessus. Les Allemands ontpassé le Rhin , et fout quelques ravages en Alsace ;mais il y a apparence qu’on les fera bientôt re-passer. J’écrirai demain à votre mère. Faites-luimes compliments et à vos sœurs. Adieu, mon cherfils. Je vous donne le bonsoir, et suis entièrementà vous. Faites aussi mes baisemains à M. de Gri-maresl !9 . Je n’ai pas encore pu parler de son af-faire , mais je ne l’oublie point.
Suseription : A M. Racine le jeune, rue du Ma-rais, faubourg Saint-Germain ,à Paris.
LETTRE XI.
A Fontainebleau , le 3 octobre t 6 g 4 -
Je vous adresse une lettre pour M. Despréaux ,que je prie votre mère de lui envoyer le plus tôtqu’elle pourra. Tl m’a déjà fait réponse à celle queje lui écrivis il y a trois jours , et il me mandeen même temps que vous n’avez pu vous rencon-trer , pareequ’il étoit à Paris quand vous l’avez étéchercher à Auteuil. Je vous prie de dire à M. deGrimarest que j’ai lu son mémoire à M. le chan-celier 40 , qui a fait réponse qu’il avoit déjà ouïparler de cette affaire , mais que M. Cousin 1,1avoit opinion qu’on ne pouvoit rien faire de bonni d’utile au public de ce projet. Ainsi on m’adit qu’il faudroit lui faire parler encore par desgens qui eussent plus d’autorité sur son esprit. Jeverrai là-dessus M. de ïlarlay 42 .
IJ me paroi), par voire lettre, que vous portezun peu d’envie à mademoiselle de La Chapelle 4 \de ce qu’elle a lu plus de comédies et plus de ro-mans que vous. Je vous dirai, avec la sincérité aveclaquelle je suis obligé de vous parler, que j’ai un ex-trêrae chagrin que vous fassiez tant de cas de toutesces niaiseries , qui ne doivent servir tout au plusqu’à délasser quelquefois l’esprit, mais qui ue de-vroienl point vous tenir autant à cœur qu’ellesfont. Vous êtes engagé dans des éludes très sérieu-ses qui doivent attirer votre principale attention ,et pendant que vous y êtes engagé et que nouspayons des maîtres pour vous en instruire, vousdevez éviter tout ce qui peut dissiper votre espritet vous détourner de votre étude. Non seulementvotre conscience et Ii religion vous y obligent,mais vous-même devez avoir assez de considéra-tion pour moi, et assez d’égard pour vous confor-mer un peu à mes sentiments pendant que vousêtes dans un âge où vous devez vous laisser con-duire.
Je ne dis pas que vous ne lisiez quelquefois deschoses qui puissent vous divertir l’esprit, et vousvoyez que je vous ai mis moi-même entre les mainsassez de livres françoia pour vous amuser ; mais jeserois inconsolable si ces sortes de livres vous in-spiroient du dégoût pour des lectures plus utiles ,oA surtout pour les livres de piété et de morale ,dont vous ne parlez jamais , et pour lesquels il sem-ble que vous n’ayez plus aucun goût , quoiquevous soyez témoin du véritable plaisir que j’yprends préférablement à toute autre chose. Croyez-moi, quand vous saurez parler de comédies et deromans, vous n’en serez guère plus avancé pourle monde , et ce ne sera point par cet emlroil làque vous serez le plus estimé. Je remets à vous enparler plus au long et plus particulièrement quandje vous reverrai , et tous me ferez plaisir alors deme parler à cœur ouvert là-dessus, et de ne vouspoint cacher de moi. Vous jugez bien que je necherche pas à vous chagriner, et que je n’ai d'au-tre dessein que de contribuer à vous rendre Tes-