658
LETTRES DE RACINE.
Port-Royal, et pour régler toutes choses avec matanie.aüu qu’elle écrire à Gif, et que je prennemes mesures pour y mener votre sœur aussitôtaprès Pâques 117 . De là j’irai coucher à Versailles,pour aller mercredi à Marly.
Je ne doute pas que vous n’ayez été fort aise dumariage de M. le comie d’Ayen ns , et que vousne lui écriviez au plus tût pour lui en témoignervotre joie. Il nie témoigne toujours beaucoupd’-imitié pour vous. Le voilà présentement le plusriche seigneur de la cour. Le roi donne à made-moiselle d’Aubigné huit cent mille livres 11 " ou-tre cent mille livres en pierreries. Madame deMaintenon assure aussi à sa nièce six cent millelivres après sa mort. On donne à M. le comted’Ayen le*survivances des gouvernements de Berryel de RnusgHlon , san«; compter des pensions qu’onleur donnera encore. M. le maréchal de Noaillesassure quarante-cinq mille livres de rente à M. soniiis , et lui en donne présentement dix-huit mille.Voilà, Dieu merci, de grands biens ; mais ce quej’estime plus que tout cela, c’est qu’il est fortsage , et très digne de la grande fortune qu'on luifait. Adieu, mon cher fils. Votre mère vous écrirapar le second courrier de M. l'ambassadeur. Écri-vez-moi souvent, et priez M. l’ambassiidcur devouloir vous avenir une heure ou deux avant ledépart de ses courriers quand il sera obligé d’enenvoyer. Quand vous n’écririez que dix ou douzelignes, cela me fera toujours beaucoup de plaisir.Lionval a été un peu malade, et est encore unpeu foihle. Vos petites soeurs sçnt en bonnesanié.Je vous prie de faire mille compliments pour moià M- de Bonao, et de l’assurer de toute la recon-noissance que j’ai pour l’amitié dont il vous ho-nore. Je l’en remercierai moi-même à la premièreoccasion, et lorsque j’aurai l’esprit un peu plustranquille que je ne l’ai ,JÜ .
LETTRE XXXI.
( Commencée par madame Racine,.)
Ce 24 mars 1698.
Je me sers de l’occasion du courrier de M. deBonrepaux pour vous témoigner, mon fils, la joieque j’ai de l’application qu’il nous semble quevous vous donnez au travail, pour proliter des in-structions que M. l’ambassadeur veut bien vousdonner. Votre père m’en paroît fort content. Soyezpersuadé que vous ne lui sauriez faire plus deplaisir, et à moi aussi, que de vous remplir l’es-prit de choses propres a vous foire exercer voirecharge avec l’estime des honnêtes gens.
Voire père a été voir votre sœur, .qu’il n’a pastrouvée en assez bonne santé pour la laisser allerdans une autre maison que celle où elle est- Sielle est obligée d’en sortir, il faudra bien qu’ellese résigne à revenir avec nous se rétablir. I.e partiqu’elle doit prendre ne sera décidé que dans quel-ques jours Vous me manderez à votre loisir si la toileet la dentelle que vous avez achetées pour vos che-mises est plus fiue que ce,lie que vous avez em-portée d’ici. Votre oncle 1111 est d’une santé fort
mauvaise présentement, les eaux de Bourbon nelui ayant point donné de soulagement. Depuis peude jou rs madame de Romanet mande à ses enfantsqu’il est au lit pour un mal qui lui est venu 4 lajambe. II 111’a paru bien fâché de n’avoir pas suquand vous avez passé à Roye , pour vous y allerembrasser, M. de Sérignan attend toujours l'occa-sion de pouvoir parler à M. de Bavbezi.eux , pourfaire rentrer votre cousin dans la place qu’il avoi t.Je crois que c’est bien en vain , et que mou neveuferoit tout aussi bien de s’en retourner chez lui :mais cela chagrine votre oncle.
Lionval est toujours incommodé. J’ai envoyéaujourd hui chez Helvétius pour le lui mettre entreles mains. Le pauvre petit vous fait bien ses com-pliments, et promet bien qu’il n’ira pas à la co-médie comme vous. Manette vous fait mille com-pliments par les lettres qu'elle écrit, et Babet estravie d’avoir pour maîtresse madame de RonvabLes petites vous embrassent.
Pour parler de quelque chose plus sérieux, parla lettre que vous m’avez écrite, vous me deman-dez de prier Dieu pour vous. Vous pouvez êtrepersuadé que si mes prières étoient bounea 4 quel-que chose, vous seriez bientôt un parfait chré-tien, ne souhaitant rien avec plus d’ardeur quevotre salut. Mais, mon fils , songez, dans ce sainttemps, que les pères et mères ont beau prier leSeigneur pour leurs enfant^, qu’il faut que lesenfants 11’oublient pas l’éducation qu’au a lâché deleur donner. Songez, mon fils, que vous êteschrétien, et à quoi vous oblige celte qualité. Cesera le comble de ina joie de vous voir dans cettedisposition, et je l’espère de îa grâce du Sei-gneur.
Quand il viendra quelque courrier, mandez*moi un peu de petits détails de vos passe-tempset des nouvelles de ïlenri ; s’il est bien content,et s’il fait bien son devoir. Adieu , mon fils, jevous embrasse. Soyez persuadé que je suis toute àvous.
( De la main de Racine. 1
Je n’ajoute qu’un mot à la lettre de votre mère,pour vous dirç que j’approuve au dernier point leconseil qu’on vous a donné d’apprendre l'ailemand, et les raisons solides dont M. l’ambassa-deur s’est servi pour vous le persuader. J’en ai ditun mot à M. de Xorcy, qui yous y exhorte de soncôté, et qui croit que cela vous sera extrêmementutile. Je vous écrirai plus au long au premierjour. Le valet de chambre m’a prié instammentd’envoyer mon paquet lo plus tût que je pour-rois, chez madame Pierret. Continuez à vous oc-cuper, et songez que tout ce que j’apprends devous fait la plus grande consolation que. je puisseavoir. Il ne tient pas à M. de Boriac que vous nepassiez pour un fort habile homme , et vous luiavez des obligations infinies. Assurez-lc de nia re-connoissance et de l’extrême envie que j’ai de metrouver entre lui et vous avec M. l’ambassadeur.Je crois que je profilerois moi-même beaucoupen si bonne compagnie. Tous vos amis de la courme demandent toujours de vos nouvelles.