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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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QUATRIEME RECUEIL.

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LETTRE XXXII.

A Paris, le lundi de Pâques, 3 i mars 1698.

Jai lu a tcc beaucoup de plaisir tout ce que tousmavez mandé de la manière édifiante dont le ser-vice se fait dans la chapelle de 51 . lambassadeur,et sur les dispositions vous étiez de bien em-ployer ce saint temps, dont voilà déjà une partiede passé. Je tous assure que vous auriez encorepensé plus sérieusement que tous ne faites peut-être sur lincertitude de la mort et sur le peu quec est que la vie , si vous aviez eu le triste specta-cle que nous venons davoir, votre inère et moi,cette après-dinée. La pauvre Fauchon 1 aétoitbeaucoup plaint de maux de tête tout le matin.Elle avoit pourtant été à confesse à Saint-André.En dînant ses maux de tête lont reprise, et on aété obligé de la faire mettre sur son lit. Sur lestrois heures , comme je prenois mon livre pouraller à Vêpres, jai demandé de ses nouvelles.Votre mère, qui la venoit de quitter, ma ditquelle lui trouvoit un peu de fièvre. Jai été pourlui tâter le pouls; je lai trouvée renversée sur sonHt, la tète qui lui traînoit à terre , le visage tdulbleu et tout bouili, sans la moindre connoissance,avec une quantité horiible deaux qui létouf-foient, et qui faisoient un bruit effroyable danssa gorge; enfin , une vraie apoplexie. Jai fait ungrand cri, et je lai prise daus mes bras ; mais satête et tout son corps néloient plus que commeun sac mouillé, ses yeux étaient tout renversésdans sa tête : un moment, plus tard elle étoitmorte. Votre mère est venue toute éperdue, etlui a jeté deux ou trois poignées de sel dans labouche, en lui ouvrant les dents par force : onla baignée desprit de-vin et de vinaigre ; maiselle a été plus dune grande demi-heure entre nosbras dans Je même état que je vous ai représenté,et nous natleudions que le moment quelle allai!étouffer. Nous avions vite envoyé chez Jf. Maré-chaP^ et chez M. du Tartre: mais personne né-toit au logis. A la fin , à force de la tourmenteret de lui faire avaler par force, tantôt du vin,tantôt du sel, elle a votni une quantité épouvan-table deaux qui lui étoienl tombées du cerveaudans la poitrine. Elle a pourtant été deux heuresentières sans revenir à elle, et il ny a quuneheure à peu près que la connoissance lui est re-venue. Elle ma entendu dire à votre mère quejallois vous écrire, et elle ma prié de vous fairebien ses compliments : cest en quelque Borte lapremière marque de connoissance quelle nous adonnée. Elle ne se souvient de rien de tout ce quilui est arrivé ; mais , à cela près , je la crois en-tièrement hors de péril. Je massure que vous au-riez été aussi ému que nous lavons tous été. Ma-delon en est encore tout effrayée, et a bien pleurésa sœur, quelle croyoit morte.

Je vois demain couchera Port-Royal, d jes-père ramener votre sœur aînée après-demain. Cesera encore un autre spectacle fort triste pourmoi, et il y 3ura bien des larmes versées à cetteséparation. Nous avons jugé que , ne pouvant res-ter à Port-Roya], elle navoit d'autre parti à

prendre qu'à revenir avec nous, sans aller de cou-vent en couvent. Pu moins elle aura le temps derétablir sa santé, qui sest encore fort alluihliepar les austérités quelle a faites ce carême, et ellesexaminera à loisir sur le parti quelle doit em-brasser. Nous lui avons préparé la chambrecouchoit votre petit frère, qui couchera dansvotre grande chambre avec sa mie.

Vos lettres me font toujours un extrême plai-sir, et même à M. Despréaux, à qui je les montrequelquefois , et qui continue à m'assurer que jau-rai beaucoup de satisfaction de vous, et que vousferez des merveilles.

Votre Henri a mandé à mon cocher qu'il nè-toit pas content des quarante écus que nous luidonnons , et il le prie de lui faire savoir ma ré-ponse. Il dit pour ses raisons que le vin est fortcher en Hollande. Vous jugez bien de quelle ma-nière jai reçu cette demande. Je vous conseillede lui parler comme il mérite, et de ne pas faireplus de cas dune pareille proposition que jenfais moi-même. Ni je ne suis en état daugmenterscs gages, ni je ne crois point ses services assezconsidérables pour les augmenter. Du reste , nevous laissez manquer de rien : mamlez-moi tousvos besoins, et croyez quon ne peut pas vousaimer plus tendrement que je fais. Votre mèrevous embrasse. Faites en sorte que M. de Bonacrue donne toujours beaucoup de part dans sonamitié.

LETTRE XXXIII.

A Paris, le 14 avril 1698.

Je prends beaucoup de part au plaisir que vousaurez daccompagner M- lambassadeur dan» lamaison de campagne que vous dites quil est sui-te point de prendre , et jai été fort content de ladescription que vous me faites de ces sortes demaisons. Jai montré votre lettre à madame lacomtesse de Gramont, qui sintéresse beaucoupaux moindres choses qui regardent M. l'ambassa-deur , et qui vous estime bien heureux dêtre ensi bonne compagnie. M. le comte dAyen ma ditque vous lui aviez écrit, et quil vous avoit fait ré-ponse. Il ma paru très content de votre compli-ment: il étoit un peu indisposé quand je partisavant-hier de Marly.

Votre sœur commence à se raccoutumer avecnous , mais non pas avec le inonde , dont elle pa-roît toujours fort dégoûtée. Elle prend un fortgrand soin de ses petites sœurs et de son pelit frère,et elle fait tout cela de la meilleure grâce dumonde. Votre mère est très édifiée delle, et elleen reçoit un fort grand soulagement. Il a fallubien des combats pour la faire résoudre à porterdes habits fort simples et fort modestes quelle aretrouvés dans son armoire, et ii a fallu au moinslui promettre quon ne lnbligeroit jamais à porterni or ni argent sur elle. Ou je me trompe , ou vousnêtes pas tout-à-fait dans ces mêmes sentiments ,et vous traitez peut-être de grande faiblesse des-prit celte aversion quelle témoigne pour les ajus-tements et pour la parure, jajouterai même pour