QUATRIÈME RECUEIL. 663
occupations que 31. l'ambassadeur veut bien vousdonner : autrement, il vaudroit mieux vous en re-venir , et n’être point à charge au meilleur amique j'aie au monde.
Je vous dis tout ceci, non point que j’aie aucunsujet d’inquiétude sur vous , étant an contrairetrès content de ce qui m’en revient, ét surtout desbons témoignages que M. l'ambassadeur veut bieneu rendre; mais, comme je veille continuellementà tout ce qui pourroit vous faire plaisir , j’ai priscette occasion de vous exciter à faire de votre parttout ce qui peut faciliter les vues que mes amispourront avoir pour vous. M. de Torcy a toujoursles mêmes bontés pour moi, et la même inlentioude vous en donner des marques. Je suis charge debeaucoup de compliments de tous vos petits amisde ce pays-ci : je dis petits amis, en comparaisondes protecteurs dont je viens de vous parler. Jevous crois d’assez bon nature! pour avoir été forttouché de la mort de M. Mignon 141 , à qui vousaviez beaucoup d’obligation. J’ai laissé votre rncreet toute la famille en bonne sauté, excepté quevotre sœur est encore bien sujette à sa migraine.Je crains bien que la pauvre fille ne puise pas ac-complir les grands desseins qu’elle s’étoil mis dansla tête , et je ne serai point du tout surpris quandil faudra que nous prenions d’autres vues pourelle. Je remercie de tout mon cœur M. de Bonacde la continuation de son souvenir pour moi, etde son amitié pour vous. Votre mère vous remer-cie de voire beurre, et craint toujours de vousfaire de l’embarras.
LETTRE XXXVIII.
A Paris, le i(3 juin 1698.
On m’envoya à Marly la lettre que vous m’écri-viez d’Aix-la-Chapelle. J’y ai vu avec beaucoup deplaisir la description que vous y faisiez des singu-larités de cette ville, et surtout de la processionoù Charlemagne assista avec de si belles cérémo-nies. Je vous crois maintenant de retour au lieude votre résidence, et je m'attends que je recevraibientôt de vos nouvelles et de celles de M. l’am-bassadeur, qui me néglige un peu depuis quelquetemps.
J’arrivai avant-hier de Marly, et j’ai retrouvétoute la famille en bonne santé. Il m’a paru quevotre sœur aînée reprenoît assez volontiers les pe-tits ajustements auxquels elle avoit si fièrementrenoncé , et j’ai lieu de croire que sa vocation àla religion pourroit bien s’en aller avec celle quevous aviez eue autrefois pour être chartreux. Jen’en suis point du tout surpris , connoissant l’in-constance des jeunes gens, et le peu de fond qu’ily a à faire sur leurs résolutions, surtout quandelles sont si violentes et si fort au-dessus de leurportée. Il n'en est pas ainsi de votre sœur qui est àMelun. Comme l’ordre qu’elle a embrassé estbeaucoup plus doux, sa vocation sera aussi plusdurable. Toutes ses lettres marquent une grandepersévérance, et elle paroîL même s'impatienterbeaucoup des quatre mois que sun noviciat doit
encore durer. Babct paroll aussi souhaiter avecbeaucoup de ferveur que son temps vienne pourse consacrer à Dieu. Toute la maison où elle estl’aime tendrement, et toutes les lettres que nousen recevons ne parlent que de son zèle et de sa sa-gesse. On dit qu’elle est fort jolie de sa personne,et qu’elle est même beaucoup crue. Mais vous ju-gez bien que nous ne la laisserons pas s’engagerlégèrement et sans être bien assurés d’une vérita-ble vocation. Vous jugez bien aussi que tout cela11’est pas un petit embarras pour votre mère etpour moi, et que des enfants , quand ils sont ve-nus à cet âge, ne donnent pas peu d’occupation.Je vous dirai très sincèrement que ce qui nousconsole quelquefois dans nos inquiétudes, c’estd’apprendre que vous avez envie de bien faire , etque vous vous appliquez sérieusement à vous in-struire des choses qui peuvent convenir à votreétat et aux vues que fou peut avoir pour vous.Songez toujours que notre forlnne est très médio-cre, et que vous devez beaucoup plus comptersur votre travail que sur une succession qui serafort partagée. Je voudrois avoir pu mieux faire;je commence à être d’un âge où ma plus grandeapplication doit être pour mon salut. Ces penséesvous paroîtront peut-être un peu sérieuses; maisvous savez que j’en suis occupé depuis fort long-temps. Comme vous avez de la raison, j’ai crumême vous devoir parler avec cette franchise àl’occasion de votre sœur, qu'il faut maintenantsonger à établir 444 . Mais enfin nous espérons queDieu , qui ne .nous a point abandonnés jusqu'ici,continuera à nous assister et à prendre 3oin denous, surtout si vous ne l’abandonnez pas vous-même , et si votre plaisir ne l’emporte point surles bons sentiments qu’on a tâché de vous inspi-rer. Adieu, mon cher fils. Je vous écrirai uneautre fois plus au long. Votre mère vous embrassede tout son cœur. Ne vous laissez manquer derien de ce qui vous est nécessaire.
LETTRE XXXIX.
A Paris, le juin 1698.
Votre mère s’est fort attendrie à la lecture devotre dernière lettre, où vous mandiez qu’une devos plus grandes consolations étoit de recevoir denos nouvelles. Elle est très contente de ces mar-ques de votre bon ualurel ; mais je puis vous as-surer qu’en cela vous nous rendez bien justice,et que les lettres que nous recevons de vous fonttoute la joie de la famille, depuis le plus grandjusqu’au plus petit. Ils m’ont tous prié aujourd’huide vous faire leurs compliments, et votre sœuraînée comme les autres. La pauvre fille me faitassez de pitié par l’incertitude que je vois dans sesrésolutions, tantôt à Dieu , tantôt au monde, etcraignant également de s’engager de façon oud’autre. Du reste elle est fort douce, et votre mèreest très contente de la manière dont elle se con-duit envers elle. Madelon a eu ccs jours passés unepetite vérole volante, qui n’aura pas de suite pourelle. Dieu veuille que les autres ne s’en ressentent
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