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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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QUATRIÈME RECUEIL. 667

gens qui se disoient assez volontiers leurs vérités,et qui ne sépargnoient guère les uns les autressur leurs défauts, et javoia assez «1e soin de mecorriger de ceux quon trouvoit en moi, quiéloient en fort grand nombre , et qui auroient pume rendre assez difficile pour le commerce dumonde. Adieu , mou cher fils. Ecrivez-moi tou-jours le plus souvent que vous pourrez.

Joubliois à vous dire que jappréhende que vousne soyez un trop grand acheteur de livres. Outreque la multitude ne sort quà dissiper et à fairevoltiger de connoissances en connoissances sou-vent assez inutiles , vous prendriez même lhabi-tude de vous laisser tenter de tout ce que voustrouveriez. Je me souviens toujours dun passagedes Offices de Cicéron , que M. Nicole me citoitsouvent pour me détourner de la fantaisie dache-ter des livres : Non esse emacem , vectigal est. « Cest« un grand revenu , que de naimer point à ache- ter. » Mais le mot demacem est très beau , et a ungrand mit. Votre tante de Port-Royal prie bienDieu pour vous, et est fort aise de savoir que vousaimez à vous occuper. Elle ma dit de vous faireses compliments. Assurez de mes respects M. lecomte dAuvergne, et ne lui laissez pas ignorer lareconnoissance que j'ai de toutes les bontés qu'ila pour vous et pour moi.

Je mimagine que vous ouvrirez de fort grandsyeux quand vous verrez pour la première fois leroi dAngleterre 1 ® 2 . Je sais combien les grandshommes excitent votre attention et votre curiosité.Je mattends que vous me rendrez bon compte dece que vous aurez vu.

Le 27 juillet.

Depuis cette lettre écrite, jen ai reçu une devous, vous me mandez laccident qui vous estarrivé. Vous avez beaucoup à remercier Dieu denêtre échappé à si bon marché ; mais en mêmetemps cet accident vous doit Caire souvenir de deuxchoses: lune, dêtre plus circonspéct que vousnêtes , d'autant plus quayant la vue basse , vousêtes obligé plus quun autre à ne rien faire avecprécipitation ; et lautre, quil faut être toujoursen état de nêtre point surpris parmi tous les acci-dents qui nous peuvent arriver quand nous y pen-sons le moins.

Pour votre babil, je suis fâché quil soit fait, cllon vous envoie une veste qui auroit pu vousfairehonneur : mais elle ne sera pas perdue. Vous nedemandiez que deux cents livres, en quoi je louevotre retenue ; M. de Bonac vous en porte plus dequatre cents. Quand vous en aurez besoin, jaurairecours à M. de Montargis, avec qui il ny aurapas tant à perdre quavec le banquier dont vousparlez.

Vous avez bieu de lobligation à M. de Bonac detout le bien quil a dit ici de vous. Il nauroit pasplus damitié pour son propre frere quil ne pa-roît en avoir pour vous. Je ne doute pas que vousne lui rendiez la pareille.

Votre mère vient de Saint-Sulpicc, elle arendu le pain bénit. Si vous nétiez pas si loin,elle vous auroit envoyé de la brioche ; mais M. deBonac en mangera pour vous.

LETTRE XLIII.

A Paris , le i cr août 1698.

Je vous écris seulement quatre lignes, à l'occa-sion dun des courriers de M. de Bonrepaux, quipart aujourdhui. La dernière lettre que vous avezreçue de moi étoit si longue, que vous' De trouverezpas mauvais que celle-ci soit fort courte. Jai étébien aise dapprendre que lentrée de M. lambas-sadeur étoit reculée ; ainsi vous aurez le temps devous parer de la veste que votre mère vous a en-voyée. II ne sest rien passé de nouveau depuis ledépart de M. de Bonac, que la querelle queM. legrand-prieur 16 * a voulu avoir avec M. le princede Conti à Meudon. M. le grand' prieur sest tenuotfeiisé de quelques paroles très peu offensantesque M. le prince de Conti avoit dites , et le lende-main, sans quil fût question de rien, il le vintaborder dans la cour de Meudon, le chapeau surla tête et enfoncé jusquaux yeux, et lui parlacomme sil vouloit tirer raison de lui des parolesquil lui avoit dites. M. le prince de Conti le fitsouvenir du respect quil lui devoit: M. le grand-prieur répondit quil ne lui en devoit point. M. leprince de Conti lui parla avec toute la hauteur eten même temps avec toute la sagesse dont il estcapable. Comme il y avoit beaucoup de gens,cela neut point alors dautre suite; mais monsei-gneur, qui sut la chose un moment après, et quise sentit fort irrité contre M. le grand-prieur, en-voya M. le marquis de Gèvres 164 pour en donneravis au roi, cl le roi sur-le-champ envoya cher-cher M. de lontchartraid, à qui il donna ses ordrespour envoyer M. le grand-prieur à la Bastille* Cettenouvelle a fait un fort grand bruit, et je ne doutepas que M. lambassadeur, à qui ou laura mandéeplus au long, ne vous en apprenne plus de parti-cularités. Tout le monde loue M. le prince deConti et plaint M. de Vendôme, qui sera vraisem-blablement très affligé de cette aventure.

Votre mère et toute la petite famille vous faitses compliments. Votre sœur demande conseil àtous ses directeurs sur le parti quelle doit pren-dre, ou du monde, ou de la religion; mais vousjugez bien que , quand on demande de semblablesconseils, cest quon est déjà déterminé. Nous cher-chons très sérieusement, votre mère et moi, à labien établir ; mais cela ne se trouve pas du jour aulendemain. A cela près , elle ne nous fait aucunepeine., et elle se conduit avec nous avec beaucoupde douceur et de modestie. Adieu , mon cher fils.Je nai autre chose à vous recommander, sinon decontinuer à faire comme on m'assure que vousfaites.

Jai résolu de ne point aller à Compiègne,je naurois guère le temps de faire ma cour. Le roisera toujours à cheval, et je ny serois jamais.M. le comte dÀyen est pourtant bien fâché queje naille pas voir son régiment, qui sera fortmagnifique. On me demande souvent de vos nou-velles. Quand vous écrirez à M. Féb'x le fils, nelui parlez point de laffaire de M. île Montargis 165 .Je vous exhorte à écrire a M. Despréaux par la pre-mière occasion que vous trouverez.