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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

LETTRE *XLIV.

À Paris, le 18 août 1698.

Javois résolu décrire vendredi dernier àM. lambassadeur et à vous, mais il se trouvaque cétoit le jour de lAssomption, et vous savezquen pareils jours un père de famille commemoi est trop occupé , surtout le matin, pour avoirle temps décrire des lettres. Votre mère est fortaise que vous soyez content de la veste quelle vousa envoyée. Si elle avoit su la couleur de votrehabit, elle vous auroit acheté une étoffe qui vousauroit mieux convenu ; mais vous dites fort bienque celte étoffe ne vous sera pas inutile, et vousservira pour un autre habit. Votre mère vous re-mercie de la bonuc volonté que vous avez de luiapporter une robe de chambre quand vous vien-drez en ce pays-ci, mais clic ne veut point dé-toffe dor.

On nous manda avant-hier, de Melun, que votresœur .Nanette avoil une grosse fièvre continue avecdes redoublements. Nous en attendons des nou-velles avec beaucoup dinquiétude , et votre mèrea résolu dy aller elle-même au premier jour. Vousvoyez quavec une si grosse famille on nest passans embarras, et quon na pas trop le temps derespirer, une affaire succédant presque toujours àune autre, sans compter la douleur de voir souf-frir les personnes quon aime.

Je fis hier vos compliments à M. Despréaux , etje lui montrai la lettre vous me mandiez lebon accueil que vous a fait le roi dAngleterre.Je suis fort obligé à M. lambassadeur, et de vousavoir assuré ce bon traitement, et den avoir bienvoulu rendre compte au roi. M. de. Torcy mepromit de se servir même de celte occasion pourvous rendre de bons offices. M. Despréaux esi fortcontent de tout ce que vous écrivez du roi dAn-gleterre. Vous voulez bien que je vous dise enpassant, que , quand je lui lis quelquune de voslettres, jai soin den retrancher les mots dici,de et de ci, que vous répétez jusquà sept ouhuit fois dans une page. (Je sont de petites négli-gences quil faut éviter, et qui sont même aisées àéviter. Du reste, nous sommes très contents de lamanière naturelle dont vous écrivez, et du boncompte que vous rendez de tout ce que vous avezvu.

M. de Torcy me montra le livre du Put Amour' 6S ,que M. lambassadeur lui a envoyé ; mais il ne putme le prêter, parcequil avoit dessein de le fairevoir à M. de Noaîllcs. Cette affaire va toujoursfort lentement à Rouie, et ou ne croit pas quellesoit encore jugée de deux mois 167 .

RT. de Bonac est trop bon dêtre si content denous* jaurois bien voulu faire mieux pour luitémoigner toute l'estime que jai pour lui, laquelleest beaucoup augmentée depuis que jai eu l'hoirneur de l'entretenir à fond , et que jai découvert,non seulement toute la netteté et toute la soliditéde son esprit, mais encore la bonté de sou cœur,et la sensibilité quil a pour ses amis.

Je mande à M. lambassadeur que je nirai pointà Compiégne , et que je me réserve pour Fontai-

nebleau ; ainsi jaurai tout le temps de vous écrire,et il ne se passera point de semaine que vous nayezde nos nouvelles.

Vous ne mavez rien mandé de M. deTallard i6S -A-t-il logé chez M. lambassadeur? Comment est-on content de lui ? On ma dit quil logeroit àUtrecbt pendant que le roi dAngleterre sera àLoo. Faites bien des amitiés au fils de milordMontaigu i6 °. Je vous conseille même décrire aumilord sou père si M. lambassadeur le juge àpropos, et de le remercier des honnêtetés quilvous a fait faire par son fils. Vous lui eu pourrezmander tout le bien que vous men dites. Je luiferai aussi réponse au premier jour. Adieu , moncher lils.

LETTRE XLV.

Paris, le 5 j août 1698.

Javois déjà vu dans la gazette toutes les magni-ficences de M. lambassadeur; mais je nai paslaissé de prendre un grand plaisir au récit que vousmen avez fait. Jai tremblé pour vous de toutesces santés quil vous a fallu boire, et je mimagineque. malgré toutes vos précautions, vous nêtespas sorti de table avec la tête aussi libre que vousy étiez entré. Nous vîmes . il y a huit jours, uneautre entrée, ma femme, votre sœur et moi, bienmalgré nous. Cctnil celle des ambassadeurs deHollande, que nous trouvâmes dans la rue Saint-Antoine lorsque nous y pensions le moins, etilnous fallut arrêter, pendant p lus de deux heures,dans un même endroit. Les carrosses et les livréesme parurent fort belles ; mais je vois bien parvotre récit et par celui de la gazette de Hollandeque votre entrée ètoittout autrement superbe quecelle-ci.

1 septembre , cinq heures du matin.

Javois hier commencé cette lettre dans le des-sein de la faire plus longue: mais M. Boileau ledoyen me vint prendre pour aller *à Auteuil voirM. Despréaux, qui avoit en un accès de fièvre.Un autre accès le reprit pendant que nous étionschez lui; mais, comme ce nVst quune fièvre inter-mittente et fort légère , il sen tirera aisément parle quinquina, auquel il a, comme vous savez,grande dévotion. Pour moi, je vais dans ce mo-ment me remettre dans mon fit pour prendre mé-decine. Votre mère et tout le monde vous salue.Votre sœur Nanette se porte mieux, cl a été reçuepar sa communauté à faire profession dans deuxmois ; ce qui la console de tous ses maux. Adieu ,mon cher fils. Je vous écrirai plus au long la pre-mière fois.

Labbé Genest a été élu à lacadémie à la placede Boyer. Votre cousin labbé du Pin 170 a eu desvoix pour lui, et pourra lêtre une autre fois, dequoi il a graude envie. Jai donné ma voix à labbéGeuest, à quijétois engagé.