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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE RACINE.

670 LETTRES

et qui nous aiment, nous ont embrassé très cor-dialement , ma femme et moi, quand elles ont suque je mélois débarrassé de celte affaire. Jai toutlieu de croire queu vous faisant part du peu debien et du revenu que Dieu nous a donné, vousserez cent fois plus heureux et plus en état de vousavancer que vous ne lauriez été. Je ne vousnomme point les personnes qui ma voient fait cetteproposition ; vous 11e les connoissez guère que denom; je vous prie même de neles point deviner:je ne dois jamais manquer de roconnoissance pourla bonne volonté quils mont témoignée en cetteoccasion. Votre mère a été dans tous les mêmessentiments que moi ; elle doutoiL même que vouseussiez voulu entrer dans cette affaire, parcequellevous a souvent entendu dire que vous vouliez tra-vailler à votre fortune avant que de songer à vouamarier. Soyez bien persuadé que nous ne vouslaisserons manquer de rien, et que je suis dans ladisposition de faire pour vous , étant garçon , lesmêmes choses que je prétendois faire en vous ma-riant. Ainsi abandonnez-vous à Dieu première-ment , à qui je vous exhorte de vous attacher plusque jamais ; et après lui, reposez-vous sur lamitiéque nous avons pour vous , qui augmente tous lesjours beaucoup par la persuasion nous sommesde vos bonnes inclinations, et de lenvie que vousavez de vous occuper et de vivre en honnêtehomme.

Votre mère mena hier à la foire toute la petitefamille. Le petit Lionval eut belle peur de iélc-phant, et fit des cris effroyables quant il le vit quimctloit sa trompe dans la poche du laquais qui letenoit par la main. Les petites filles ont été plushardies, et sont revenues chargées de poupées, dontelles sont charmées. Fanchon a été un peu maladeces jours passés ; votre soeur aînée est en bonnesanté. Pour moi, je ne suis pas entièrement horsde mes coliques, et je diffère pourtant toujours àme purger.

Je ne sais point ce que cest que lHistoire dujansénisme 17 » dont vous me parlez, ni si cestpour ou contre les gens que nous estimons; maisje vous conseille de ue témoigner aucune curio-sité-dessus , afin quon ne puisse pas vous nom-mer en rien. Quand la chose sera imprimée , jeprierai 31 . de Torcy den faire venir quelques exem-plaires.

Vous voulez bien que je vous fasse une petitecritique sur un mot de votre dernière lettre. Il ena agi avec toute la politesse du monde ; il faut dire ,Il en a usé. On ne dit point il en a bien agi, et cestune mauvaise façon de parler. Adieu , mon cherfils. Votre mère et tout le monde vous salue. Mescompliments à M. deBonac.

LETTRE XLVIII.

A Paris, le 5 octobre 1698.

Jai la tête si épuisée de tout le sang quon matiré depuis cinq ou six jours , que je laisse à mafemme le soin de vous écrire de mes nouvelles.Ne soyez cependant en aucune inquiétude pourma santé ; elle est, Dieu merci, beaucoup meil-

leure, et jespère d'être en état daller dans huitjours à Fontainebleau. Vous savez ma sincérité ,et dailleurs je nai aucune raison de vous dégui-ser létat je suis. Faites bien mes complimentsà M. lambassadeur et à M. de Bonac. Soyez tran-quille, et songez un peu au bon Dieu.

(Madame Racine continue. )

La colique de votre père sétoît beaucoup aug-mentée avec des douleurs insupportables, avecde la fièvre qui «toit continue , quoiquelle 11e fûtpas considérable. Il a fallu tout de bon se mettreau fit, et lon a été obligé de saigner votre pèredeux fois , et faire dautres remèdes dont il nestpas tout-à fait dehors. Le principal est quil a euune bonne nuit, et quil est ce matin sans fièvre ,et quil ne lui reste plus de sa colique quune don-leur dans le côté droit quand on y touche ou quevotre père sagite.

Votre père est fort conteut des réflexions quevous faites dans vos lettres au sujet de létablisse-ment que nous avons été sur le point de vous don-ner. Votre tante de Port-Royal en a été aussi fortsalisfaite ; mais, par votre seconde lettre, il nousa paru que le bien que celle fille vous apportoitavoit fait un peu trop dimpression sur votre es-prit, et que vous navicz pas assez pensé sur ceque votre père vous avoit rnaudé de lhumeur dela personne dout il sagissoit. Je vois bien, mon fils,que vous ne savez pas de quelle importance celaest pour le repos de la vie. Cest pourtant la seuleraison qui nous a fait rompre. Pour moi, javuiaencore une raison qui me tenoit bien au cœur,cest que la demoiselle étoil rousse. Au reste, necroyez point que nous ayons appréhendé de nousincommoder; cela ne nous est pus tombé danslesprit, et dailleurs il ne nous en coûtoit guèreplus quil nous en coûtera pour vous faire subsis-ter. Votre père est si content de vous, quil feratouLes choses afin que vous soyez content de lui ,pourvu que vous soyez honnête homme , et quevous viviez dune manière qui réponde à léduca-tion que nous avons tâché de vous donner.

Votre père est bien fâché de la nécessitévous nous marquez être de prendre la perruque ;il remet cette affaire au conseil que vous donneraM. lambassadeur. Quand votre père sera en bonnesanté, il enverra quérir M. Marguery pour vousfaire une perruque selon que vous souhaitez. Ma-dame la comtesse de Gramont est bien fâchée ,pour vous, que vous perdiez lagrément que vousdonuoient vos cheveux.

Jai été à Melun , comme votre père a pu yousle mander. J'ai trouvé Nancttc fort bien rétablieet bien contente. Elle a souhaité que je lui meu-blasse sa cellule; ce que jai fait. Votre sœur luia envoyé son bréviaire; il lui conviendra mieuxquà elle , qui apparemment choisit uu état ellenaura pas de bréviaire à dire. Vous avez oubliéque vous lui devez une réponse ; elle ne vous enfait pas moins ses compliments, ainsi que les pe-tites et Lionval. M. Willart a été voir Babct ; il ditquelle est presque aussi grande que votre sœur.Elle dit toujours quelle ne veut point revenir avecuous.