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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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QUATRIÈME RECUEIL. 671

Jai pris la plume à votre père pour vous écrire,parcequil est dans son lit; il a voulu seulementcommencer celte lettre, a lin que vous ne vousfigurassiez point quil est plus mal quil est.Adieu , mon cher fils. Jespère quau premier or-dinaire votre père sera en état de vous écrire toul-à-fait. Songez à Dieu, et à gagner le ciel.

LETTRE XLIX.

( Commencée par madame Racine. I

Je vous écris, mon cher fils , auprès de votrepère, qui le vouloil faire lui-même: je len aiempêche , parcequil est fort fatigué de lémétiquequon lui a fait prendre , et qui a eu tout le succèsquon en pouvoit espérer, de manière que les mé-decins disent quil ny a plus quà se tenir en re-pos, nayant plus rien à craindre. Nayez pointd'inquiétude sur lui : la sienne est que vous nepreniez quelque parti précipité qui vous détour-neroit de vos occupations, et ne lui seroit daucunsoulagement. Il espère vous écrire vendredi et àM. lambassadeur, dont il s'ennuie de ne pointrecevoir de nouvelles. On conseille fort à votrepère de prendre ici des eaux de Saint-Arnaud, enattendant le printemps il ira les prendre sur leslieux avec M. Félix. Je les accorapagnerois, et ceseroit uue joie parfaite si le temps de M. lambas-sadeur se trouvoit daccord avec le nôtre , croyantbien qu'il vous y amèneroit avec lui. M. Finot T7îprétend fort bien connoître le tempérament deM. lambassadeur; il dit quautant il a mal faitdaller à Aix-la-Chapelle, autant il est absolumentnécessaire quil aille, dès le premier beau temps,à Saint-Arnaud. Il se prépare à écrire-dessus àM. Fagon.

( Racine continue. )

Jembrasse de tou t mon cœur M. lambassadeur.Quoiqu'il ne soit nullement nécessaire que vousme veniez voir, si néanmoins M. lambassadeuravoit, dans cette occasion, quelque dépêche unpeu importante à faire porter au roî, il se pour-roil faire que M. lambassadeur tourneroil la chosedune telle manière que sa majesté ne trouveroitpas hors de raison qu'il vous en eût chargé. Dites-lui seulement ce que je vous mande , et laissez-lefaire. Adieu , mon cher fils. Jai bien songé à vous,et suis fort aise que nous soyons encore en état denous voir, sil plaît à Dieu.

( Madame Racine reprend. )

Ne vous étonnez pas si Lécriture de votre pèrenest pas bonne : il est dans son lit ; sans cela, ilécriroit à lordinaire. Adieu, mon fils. Je vousembrasse, et suis toute à vous.

Ce 6 octobre, jour de saint Bruno,votre ancien patron 1M .

LETTRE L.

(Commencée par madame Racine.

A Paris, le i3 octobre 169S.

Votre père et moi sommes en peine de votresanté et de celle de M. lambassadeur, y ayantquinze jours que nous navons reçu de vos nou-velles. Votre père croit que vous aurez été aAmsterdam; il croit aussi quelquefois que vousavez pris le parti de venir faire un tour ici ; maisil seroit fâché que vous eussiez pris cette résolu-tion sur la lettre que je vous ai écrite , puisque lesmédecins le croient saits péril; ils disent seule-ment que sa maladie pourra être longue. Il con-serve toujours une petite fièvre ; mais la douleurde côté est beaucoup diminuée. Nous avons passéhier une partie de l'après-dinée sur la terrasse ànous promener, ainsi vous voyez que votre pèreest en meilleure disposition. Pour le voyage deFontainebleau , il ny faut plus songer. La pro-fession de votre sœur nous embarrasse ; mais ilfaudra bien quelle souffre avec patience ce retar-dement. Vos sœurs vous font mille amitiés. Je vousprie de témoigner à M. lambassadeur la peinenous sommes de ne point recevoir de ses nouvel-les, en lassurant de ma reconnoissance de toutesles bontés quil a pour vous. Faites mes compli-ments à M. de Bonac, et me croyez , mon fils ,toute à vous.

(Racine continue. )

Je me porte beaucoup mieux , Dieu merci. Jes-père vous écrire , par le premier ordinaire, unelongue lettre , qui vous dédommagera de toutescelles que je ne vous ai point écrites. Je suis fortsurpris de votre long silence etde celui de M. lam-bassadeur ; peu sen faut que je ne vous croie tousplus malades que je ne lai été. Adieu . mon cherfils. Je suis tout à vous.

LETTRE LI.

A Paris, le 2.4 octobre 1698.

Enfin , mon cher fils, je suis, Dieu merci, ab-solument sans fièvre depuis cinq ou six jours. Onma déjà purgé une fois, et je men suis bientrouvé, et j'espère que je nai plus quune méde-cine à essuyer. Jai pourtant la tète encore bienfoible, la saison fl 'est pas fort propre pour lesconvalescents, et ils ont dordinaire beaucoup depeine en ces temps-ci à se rétablir. Ma maladie aété considérable; mais vous pouvez compter queje ne vous ai point trompé, et que, lorsque jevous ai mandé qu'elle étoit sans péril, cest quedans ces terups- on massuroit quelle létoit eneffet. Je suis fort aise que vous nayez point fait devoyage en ce pays-ci ; il auroit été fort inutile ,vous auroit coûté beaucoup, et vous auro ; l dé-tourné du train vous êtes de vous occuper sousles yeux de M. lambassadeur. Je souhaiterois debon cœur que sa santé fut aussitôt rétablie que lamienne. Jospère que nous pourrons nous trouver

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