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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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682 LETTRES DE RACINE.

sèment M. de Cavoie mène avec lui un maréchalqui en a pris soin, et ou massure que ce ne serarien. Nous allons demain au Quesnoi, on lais-sera les dames, et après-demain au camp près deMous. Lherbe est bien courte, et je crois que leschevaux ne trouveront pas beaucoup de fourrage.Le blé est fort renchéri à Saint-Quentin ; lesetirr,qui ne valuit que vingt sous, en vaut soixante-six 5 ,(lest à peu près la même mesure quà Montdi-dier. Votre fermier sera riche, et devroit bientous donner de largent, puisque vous ne l'avezpoint pressé de vendre son blé lorsquil étoit àbon marché. Écrivoz-en à votre frère.

Le roi eut hier des nouvelles de sa flotte 6 ; elleest sortie de Brest du 9 mai. Ou la croit mainte-nant à La Ilogue en Normandie, et le roi dAngle-terre 7 embarqué. O i mande de Hollande que leprince dOrange voit bien que cest tout de bonquon va faire une descente , et quil pareil étonné.Il a envoyé en Angleterre le comte de Porllandson favori, a contrernandé trois régiments prêts àsembarquer pour la Hollande, et un dit quilpuui-roit bien repasser lui-même en Angleterre,il. de Bavière 8 est fort inquiet de la maladie duprince Clément * son frère, qui est, dit-on, àlextrémité. Il le sera bien davantage dans quatrejours , lorsquil verra entrer dans les Pays-Bas plusde cent trente mille hommes. Le roi est dans lumeilleure sauté du monde. Il a en nouvelle au-jourdhui que M. le comte dEstrées 10 avoit brûléou coulé à fond quatorze vaisseaux marchands an-glois sur les côtes dEspagne, et deux vaisseauxde guerre qui les escortoient. Cela le console avecraison de la perte de deux vaisseaux de lescadredu même comte dEstrées, qui ont péri par Intempête. Voilà dheureux commencements : il fautespérer que l)ieu continuera de se déclarer pournous. Faites part de ces nouvelles à M. Des-préaux, à qui je nai pas le temps décrire au-jourdhui.

Jai rencontré aujourdhui M. Dodnrt pour lapremière fois. Il dit quil a été et quil est encoremal logé ; mais il se porte à merveille. M. du Tar-tre 11 se trémousse à son ordinaire, et a une grandeépée à son côté avec un nœud magnifique; il aloul-à-fait lair dun capitaine. Adieu , mon chercœur. Embrasse tes enfants pour moi. Exhorte tonfils à bien étudier et à servir Dieu. Je suis partifort content de lui ; 'jespère que je le serai encoreplus à mon retour. Écris-moi souvent, au lui.Adieu , encore un coup.

Suscriptlon : A madame Racine, rue des Ma-çons, proche la Sorbonne . à Paris.

LETTRE Y.

A M. DE BONREPAUX.

A Paris, ce 28 juillet 1690.

Mon absence hors de celte ville est cause queje ne vous ai poirit écrit depuis dix jours. Il sestpourtant passé beaucoup de choses très dignes devous être mandées. M. de Luxembourg, aprèsavoir battu un corps de cinq mille chevaux com-

mandé par le comte de Tilly, a mis le siège de-vant Tluy 12 , dont.il a pris la ville et le châteauen trois jours ; et de a marché au prince dO-range, avec lequel il est peut-être aux mains àlheure quil est 13 .

Monseigneur a passé le Rhin , et, eéfant mis à latête duue armée de. plus de soixante-six mille hom-mes, a marché droit au prince de Bade , en inten-tion de le chercher partout pour le combattre , etde lattaquer même dans ses retranchements silprend le parti de se retrancher. Mais ce qui a leplus réjoui tout le public, cest la déroute de laflotte de Hollande et dAngleterre , qui est tombée,au cap de Saint-Vincent, entre les mains deM. deTourville 14 . Jen iretins hier son courrier, qui estle chevalier de Saint-Pierre , frère du comte deSaint -Pierre 15 , lequel fut cassé il y a deux ans.Je vous dirai, en passant, qu011 trouve que M. deTourville a fait fort honnêtement denvoyer danscette occasion le chevalier de Saint-Pierre, et onespère que lu bonne nouvelle dont il est chargéfera peut-être rétablir son frère. Quoiquil en soit,la flotte quon appelle de Smyrne a donné toutdroit dans lembuscade. Le vice-amiral Rook quilescortoit , d'aussi loin quil a découvert notre ar-mée navale, a pris la fuite , et il a été impossiblede le joindre. Il avoit pourtant vingt-six ou vingt-sept vaisseaux de guerre. Les pauvres marchandsse voyant, abandonnés ont fait ce quils ont pu poursc sauver. Les 11ns se sont échoués à la côte de La-gos, les autres sous les murailles de Cadix, et ilyen a eu quelque trente-six qui ont trouvé moyendentrer dans le port. On leur a brûlé ou coulé àfond quarante-cinq navires marchands et deux deguerre, et on leur a pris de bons vaisseaux de guerrehollandois tout neufs, de soixante-six pièces decanon, et vingt-cinq navires marchands, sanscompter deux vaisseauxgénois qui étoient chargéspour des marchands dAmsterdam, et dont le che-valier de Saint-Pierre, qui est venu dessus jusquàRoses, estime la charge au moins six cent milleécus. On ne doute, pas quune perte si considéra-ble nexcite de grandes clameurs contre le prince6Orange, qui avoit toujours assuré les alliés quenous ne mettrions cette année à la mer que pournous enfuir et nous empêcher dêtre brûlés. Lechevalier de Saint-Pierre a rencontré le comte dEs-trées à peu près à la hauteur de Malque 16 , cl prêtà entrer dans le détroit. Le roi a été très aise decelte nouvelle , que lon a sue dabord par un cour-rier du duc de Gramonl, et par des lettres desmarchands. On parie fort ici des mouvements quise font au pays vous êtes , et il paroît quon enest fort content par avance. Nous «Dupâmes hier ,M. de Cavoie et tuoi, chez madame... ( Le restemanque. )

LETTRE VI.

A MADEMOISELLE RIVIERE 7 .

A Paris, le 10 janvier 1697.

Votre dernière lettre, nia chère sœur, ne mestparvenue que depuis quelques jours. J'étois à Ver-