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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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CINQUIÈME

sailles quand die est arrivée ici, et ma femme , |

qui savait que jaltendois de vos nouvelles avec im-patience , crut ne pouvoir mieux faire que de meladresser ot'j jétois ; mais elle ne nie fut pojut ren -due, par la négligence des commis de la poste , clil fallut la faire revenir ici, ce qui me causa unretard de quinze jours. Japprouve tout ce quevous avez fait, et je vous en remercie. Daprès toutle bien qui ma été dit du jeune bornrne qui re-cherche la petite Mouflard , je verrai avec plaisirce mariage, etje leurdonnorai pourraon présentde noncs une somme de cent francs 18 ; cest toutce que je puis faire. Vous savez que notre familleest fort étendue, et que jai un assez hou nombre de parents à aider de temps en temps \ ce quiine force à être réservé sur ce que je donne , afinde-rie manquer à aucun deux quand il aura re-cours à moi dans loccasion. Dailleurs, létatsont présentement mes affaires inc prescrit une sé-vère économie , à cause de tout largent que je doisencore pour ma charge. Je dois surtout six millelivres qui ne portent point d'intérêt. et lhonnêteté ;veut que je les rende le plus tôt que je pourrai,pour nèlre pas à charge à nies amis. Jespère que,dans un autre temps, je serai moins pressé, etalors je pourrai faire encore quelque petit présentà ma cousine.

Le cousin Henri est Yenu ici, fait comme unmisérable, et a dit à ma femme, en présence detous nos domestiques, quil étoitmon cousin.Voussavez comme je ne renie point mes parents, etcomme je tâche à les soulager: mais javoue quilest un peu rude quun homme qui sest mis en cetétat parsesdébauchcs et par sa mauvaise conduite,vienne ici nous faire rougir de sa gueuscrie. Jelui parlai comme il leméritoif, et lui dis quevous ne le laisseriez manquer de rien sil en valoitla peine, mais quil buvoit tout ce que vous aviezla charité de lui donner. Je ne laissai pas de luidonner quelque chose pour sen retourner. Je vousprie aussi de lassister tout doucement, mais commesi cela venoit de vous. Jesaerifierai volontiers quel-que chose par mois pour le tirer de. la nécessité.

Je vous recommande toujours la pauvre Margue- jrite 15 , à qui je veux continuer de donner pur !mois comme jai toujours fait. Si vous croyez quema cousine des Fossés ait besoin de quelque se-cours extraordinaire , donnez-lui ce que vous ju-gerez à propos.

Je ne sais si je vous ai mandé que ma chèrefille aînée éloit entrée aux Carmélites -° : il mena coûté beaucoup de larmes: mais elle a vouluabsolument suivre la résolution quelle avoit prise.Cétoit de tous nos enfants celle que jai toujoursle plus aimée , et dont je recevois le plus de con-solation. U n'y avoit rien de pareil à lamitié quelleme lemoignoit. Je lai été voir plusieurs fois ; elleest charmée de la vie quelle mène dans ce monas-tère , quoique celle vie soit fort austère, et toutela maison est charmée delle. Elle est infinimentplus gaie quelle na jamais été. Tl faut bien croireque Dieu la veut dans cette maison , puisquil faitquelle y trouve tant de plaisir. Adieu , ma chèresœur. Ne manquez pas de me tenir parole, et de

RECUEIL.

memployer dans toutes les choses vous aurezbesoin de moi.

Suscription : A mademoiselle Rivière, à la Ferlé-Miion.

LETTRE VII.

A T,A MEME.

A Paris, le iC janvier 1697.

Je vous écris, ma chère sœur, pour une affaire vous pouvez avoir intérêt aussi bien que moi,et sur laquelle je vous supplie de méclaircir le plustôt que vous pourrez. Vous savez quil y a unédit 21 qui oblige tous ceux qui ont ou qui veulentavoir des armoiries sur leur vaisselle ou ailleurs ,de donner pour cela une somme qui va tout auplus à vingt-cinq francs, et de déclarer quelles sentleurs armoiries. Je sais que celles de noire famillesont un rat et un cygne, dont javoîs seulementgardé le cygne, pareeque le rat me choquoit ; maisje ne sais point quelles sont les couleurs du che*vron sur lequel grimpe le rat, ni les couleurs ausside tout le fond de lécusson , et vous me ferez ungrand plaisir de men instruire. Je crois que voustrouverez 110s armes peintes aux vitres de la mai-son que mon grand-père 22 fit bâtir, et quil vendit àM. de La Clef. Jai ouï dire aussi à mon oncle Ra-cine 23 quelles étoienl peintes aux vitres de quel-que église. Priez M. de Rivière de ma part de s'enmettre en peine , et de demander à mon oncle cequil en sait, et de mon côté je vous manderai Jeparti que jaurai pris dessus. Jai aussi quelquesouvenir davoir ouï dire que feu notre grand-pèreavoit fait un procès au peintre qui avoit peint lesvitres de sa maison , à cause que ce peintre, aulieu dun rat, avoit peint un sanglier. Je voudroisque ce fût en effet un sanglier, ou la bure dunsunglierqui fût à laplace de ce vilain rat. Jattendsde vos nouvelles pour me déterminer et pour por-ter mon argent; ce que je suis obligé de faire leplus tôt que je pourrai.

Japprouve fort quon fasse son possible poursortir daffaire avec le fils de M. Regnaud , et onne sauroit trop tôt finir avec lui, pourvu quil nousfasse voir nos sûretés en traitant avec lui. Je suisbien fâché de largent quon vous a encore nouvel-lement fait payer au grenier à sel. Il faut espérerque la paix , quon croit qui se fera bientôt, met-tra lin à toutes ces taxes qui reviennent si sou-vent.

Je crains que ce ne soit pas assez de quarantefrancs par mois pour celle pauvre cousine des Fos-sés. Jen passerai par vous voudrez, pourvu quevous preniez la peine de mavertir quand vousnaurez plus dargent à moi. Ma femme et nos en-fants saluent de lout leur cœur M. Rivière et manièce , et vous font mille compliments. Quand lemariage de la petite Mouflard sera conclu , je don-nerai très volontiers les cent francs que jai promis.Adieu, ma chère sœur. Je suis entièrement à yous.Votre petit neveu est fort joli et bien éveillé.