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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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LETTRES DE RACINE.

quil n'y eu avoit point de meilleure que la vôtre.Employez donc , mon très cher ami, tout ceque vous avez de crédit dans cette maison , afinquil connoisse que la prière que Je vous ai faitepour lui na pas été inutile. Ilvoudroit bien aussiavoir des sauvegardes de sa majesté pour sa mai'son de Liège , qui est fort belle , et pour une terrequil a dans le pays de Limbourg, auprès de lab-bayn de Bois-le-Duc. Celte terre paie contrib"-tion, et ainsi on na peut-être pas besoin de sau-vegarde. Jen ai écrit à M. de Pompone , et laiprié instamment de me faire ce plaisir sil y amoyen. Mais vous êtes si bon , que vous ne trou-fverez pas mauvais que je vous conjure d'en êtrele solliciteur. Si le petit ami qui est depuis silong-temps auprès de moi peut passer jusquaucamp , ce sera lui qui vous rendra ce billet, etqui vous entretiendra de beaucoup de choses quise peuvent mieux dire de vive voix. Je suis tout àvous , mon très cher ami.

Suscription de la main de Boileau : A. 31 . Racine,gentilhomme ordinaire du roi.

IV.

A RACINE.

De Bruxelles, ce i 5 juillet 1693.

Jai douté si je vous dnvois remercier de ce quevous avez fait de si bonne grâce pour obtenir le

passe-port que je vous avois demandé, car meflattant dune part quil ny a guère de personnesque vous aimiez plus que moi, et sachant de lau-tre combien ce vous est un plaisir dobliger vosamis , je me suis presque imaginé que cest peut-être à vous à me remercier de ce que je vous avoisfait avoir cette occasion de me donner une preuvede votre inclination bienfaisante. Le petit frère 1 dest charmé de la bonté que vous lui avez témoi-gnée. Il ma rendu compte de lentretien que vousavez eu ensemble sur mon sujet. Dieu me fait lagrâce d'être sur tout cela sans inquiétude. et sij'ai quelque peine, cest d'être privé de la conso-lation de voir mes amis, et un tête-à-tête avecvous et avec votre compagnon 17 me feroit biendu plaisir; mais je nachèterois pas ce plaisir parla moindre lâcheté: vous savez bien ce que celaveut dire. Ainsi je demeure en paix, et jattendsen patience que Dieu fasse connoître à sa majestéquil na point, dans tout son royaume , de sujetplus fidèle, plus passionné pour sa véritable gloire,et, si je lose dire, qui laime dun amour pluspur et plus dégagé de tout intérêt. Je pourroisajouter que je suis naturellement si sincère , que ,si je ne senlois dans mon cœur la vérité de ce queje dis, rien au monde ne aeroit capable de me lefaire dire. Cest pourquoi aussi je ne pourrois merésoudre à faire un pas pour avoir la Jiberlé derevoir mes amis , à moins que ce ne fût à monprince seul que jen fusse redevable.

Je suis tout à vous, mou cher ami.

LETTRES DE FENELON 1

AU SUJET DES CANTIQUES SPIRITUELSDE RACINE.

Que ccs cantiques sont beaux! Quils sont admi-rables, tendres, naturels, pleins donction! Ilsélèvent îâme, et la portent lauteur la vouluporter, jusqu'au ciel, jusquà Dieu. Jaugure ungrand bien de ces cantiques, autorisés par lappro-bation du monarque et de son goût, qui sera legoût de tout le monde. Je regarde lauteur commelapôtre des Muses elle prédicateur du Parnasse,dont il sembL navoir appris le langage que pourleur prêcher en leur langage lÉvangile , et leurannoncer le Dieu inconnu. Je prie Dieu quil bé-nisse sa mission, et quil daigne le remplir de plusen plus des vérités quil fait passer si agréable-ment dans les esprits des gens du monde.

II.

a loccasion de la profession de ma-demoiselle RACINE AUX URSULINESDE MELUN.

Cambrai, ce 17 novembre 1698.

Je prends en vérité beaucoup de part à la dou-leur et à la joie de lillustre ami; car il y a eu cetteoccasion lobligation dunir ce que saint Faul sé-pare : ftere cum jlentibus, gaudere cum gaudentibus.La nature safflige, et la foi se réjouit dans lemême cœur ; mais je massure que la foi l'empor-tera bientôt, et que sa joie, se répandant sur lanature, en noiera tous les sentiments humains. Ilest impossible quune telle séparation nait faitdabord une grande plaie dans un cœur paternel ;mais le remède est dans la plaie, et cette afflictionest la source de consolations infinies pour lavenir,et dès à présent. Je ne doute point quil ne con-çoive combien il a dobligation à la bonté de Dieu,davoir daigné choisir dans son petit troupeau une