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LETTRES DE RACINE.
je ma garderai bien de rien donner que je nepuisse dire la vérité, et surtout bien instruire lapostérité du respect, ou, pour mieux dire, de lapassion qu’il avoit pour M. Arnauld, dont j‘aiplusieurs lettres où il le traite de son cher ami 1 2 3 4 5 6 7 *....
Voilà mes sentiments, et je n’aurois envie de par-ler de mon père que pour instruire le public dela piété dans laquelle il est mort et nous a tousélevés.
TESTAMENT DE RACINE.
Comme je suis incertain de l’heure à laquelleil plaira à Dieu de m’appeler, et que je puis mou-rir sans avoir le temps de déclarer mes dernièresintentions, j’ai cru que je ferois bien de prier icima femme de plusieurs petites choses auxquellesj’espère qu’elle ne voudra pas manquer.
Premièrement, de continuer à une bonnevieille nourrice que j’ai à la Ferté-Milon , jusqu’àsa mort, quatre francs ou cent sous par mois,que je lui donne depuis quelque temps pour luiaider à vivre.
2. Je donne une somme de 5oo liv. aux pauvresde la paroisse de Saint-André a6 .
5. Pareille somme à ma sœur Rivière , pourdistribuer à de pauvres parents que j’ai à la Ferté-Milon.
4. De donner 5oo liv. aux pauvres de la paroissede Griviller.
Ces sommes prises sur ce que je pourrai laisserde bien.
Je la prie de remettre entre les mains de M. Des-préaux tout ce qu’elle me trouvera de papiers con-cernant l’histoire du roi.
Fait dans mon cabinet, ce 29 octobre i685.
Racjnb.
NOTES
DD SIXIÈME RECUEIL DES LETTRES DE RACINE.
1 Celte lettre a été insérée par Louis Racinedans ses mémoires . mais il y a fait quelques alte-rations. L’original existe à la bibliothèque royale.
Les solitaires de Port-Royal avaient été forcésde quitter celte maison, d’après un ordre delàcour. Cet exil ne dura que quelques mois.
2 De Chevrcuse.
3 Marie Desinouîins, aïeule paternelle de Ra-cine.
4 Agnès Racine, qui avoit fait profession en1648, et avoit pris le nom de sœur de Sainte-Tbèclc.
5 Voyea la note 11S du troisième recueil,page 64i.
6 Dans son poème de Rome ridicule .
7 Cette ville étoit la patrie de Linicres , qu’onnommoit l’athée de Sentis, ou, comme il a étédésigné dans la VII e épître de Boileau : De Sentisle poëte idiot.
SUITE DU TESTAMENT
DE RACINE.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Je désire qu’après ma mort mon corps soit portéà Port-Royal des champs, et qu’il soit inhumédans le cimetière, aux pieds de la fosse de M. Ha-mon. Je supplie très humblement la mère abbesseet les religieuses de vouloir bien m'accorder cethonneur, quoique je m’en reconnoisse très indi-gne , et par les scandales de ma vie passée , et parle peu d’usage que j’ai fait de l’excellente éduca-tion que j’ai reçue autrefois dans cette maison , etdes grands exemples de piété et de pénitence quej’y ai vus, et dont je n’ai été qu’un stérile admira-teur. Mais plus j’ai offensé Dieu , plus j'ai besoindes prières d’une si sainte communauté pour at-tirer sa miséricorde sur moi. Je prie aussi la mèreabbesse et les religieuses de vouloir accepter unesomme de 600 liv., que j’ai ordonné qu’on leurdonne après morl.
Fait à Paris, dans mon cabinet, le to octobre1698.
Racine.
8 Boileau étoit né dans la cour du Palais, et ilfut baptisé à la Sainte-Chapelle. C’est un fait bienconstaté par uue lettre de son frère le chanoine,adressée à Brossette. Louis Racine, qu’on trouvesi souvent en défaut sur les faits, soudent, dansses mémoires, que Boileau étoit né à Crosoe.
9 Pierre Boileau de Puiuiorio , dont nous avonsparlé page 645, note 276 , étoit conseiller du roien ses conseils, intendant et contrôleur - généralde l’argenterie et des mcuus plaisirs et affaires de lachambre du roi. Il mourut à la suite d’une maladiede langueur. On prétend que lui et un de ses amiss’étoient promis, par serment, que le premiermort des deux reviendroit donner au survivantdes nouvelles de l’autre monde. L’ami de Puimo-riu étant mort peu après, celui-ci se figura quele morl lui étoit apparu, et il tomba , par suitede celte vision , dans une mélancolie qui le con-duisit au lombeau.