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SUR OEDIPE.
Hymen, funeste hymen, tu m’as donné la vie ;
Mais dans ces mêmes flancs où je fus renfermé,
Tu fais rentrer ce sang dont tu m'avais formé ;
Etpar-Ià tu produis et des fils et des pères,
Des frères , des maris, des femmes et des mères,
Et tout ce que du fort la maligne fureur
Fit jamais voir au jour et de honte et d’horreur.
Premièrement, il fallait exprimer que c’est dansla même personne qu’on trouve ces mères et cesmaris; car il n’y a point de mariage qui ne produisede tout cela. En second lieu , on ne passerait pasaujourd’hui à Oedipe de faire une si curieuserecherche des circonstances de son crime , et d’encombiner ainsi toutes les horreurs ; tant d’exacti-tude à compter tous ses titres incestueux, loind’ajouter à l’atrocité de Faction, semble plutôtl’affaiblir.
Ces deux vers d zCorneille disent beaucoup plus.
Ce font eux qui m’ont fait l’aíTaffin de mon père j
Ce font eux qui m’ont fait le mari de ma mère.
Les vers de Sophocle font d’un décîamateur, etceux de Corneille font d’un poète.
Vous voyez que dans la critique de FOedipe deSophocle , je ne me fuis attaché à relever que lesdéfauts qui font de tous les temps et de tous leslieux ; les contradictions, les absurdités, les vainesdéclamations font des fautes par tout pays.
Je ne fuis point étonné que, malgré tantd’im-perfections,5byôoc7f ait surpris Fadmirution de sonsiècle. L’harmonie de ses vers et le pathétique quirègne dans son style, ont pu séduire les Athéniens,