294 DISSERTATIONavons (Tailleurs. II faut convenir que, d’envirenquatre cents tragédies qu’on a données au théâtre,depuis qu’il est en possession de quelque gloire enFrance ,il n’y en a pas dix ou douze qui ne soientfondées fur une intrigue d’amour, plus propre àla comédie qu’au genre tragique. C’eft presquetoujours la même pièce , le même nœud, formépar une jalousie et une rupture, et dénoué parun mariage : c’est une coquetterie continuelle ,une simple comédie où des Princes font acteurs,et dans laquelle il y a quelquefois du sang répandupour la forme.
La plupart de ces pièces ressemblent fi fort àdes comédies, que les acteurs étaient parvenusdepuis quelque temps à les réciter du ton dontiisjouent les pièces qu’on appelle du haut comique ;ils ont par-là contribué à dégrader encore la tra-gédie : la pompe et la magnificence de la décla-mation ont été mises en oubli. On s’est piqué deréciter des vers comme de la prose : on n’a pasconsidéré qu’un langage au-dessus du langageordinaire doit être débité-d’un ton au-dessus duton familier. Et si quelques acteurs ne s’étaientheureusement corrigés de ces défauts, la tragédiene serait bientôt parmi nous qu’une fuite de con-versations galantes, froidement récitées : aussin’y a-L-il pas encore long-temps que, parmi lesacteurs de toutes les troupes, les principaux rôles•flans la tragédie H’étaienc connus que sous le nom