SUR LA TRAGEDIE. $01
tragédie d’Hamlet ; c’est une pièce grossière etbarbare, qui ne serait pas supportée par la plusvile populace de la France et de PItalie. Harnlety devient fou au second acte, et sa maîtresse de-vient folle au troisième ; le prince tue le père desa maîtresse feignant de tuer un rat, et l’héroïìiese jette dans la rivière. On fait fa fosse fur lethéâtre; des fossoyeurs disent des quolibets di-gnes d’eux , en tenant dans leurs mains des têtesde morts, le prince Hamlet répond à leurs gros-sièretés abominables par des folies' non moinsdégoûtantes. Pendant ce temps-là, un des acteursfait la conquête de la Pologne. Hamlet , fa mèreet son beau-père boivent ensemble sur le théâtre :on chante à table , on s’y querelle, on sc bat,on sc tue ; on croirait que cet ouvrage est le fruitde l’imagination d’un sauvage ivre. Mais parmices irrégularités grossières, qui rendent encoreaujourd’hui le théâtre anglais si absurde et si bar-bare , on trouve dans Hamlet, par une bizarrerieencore plus grande , des traits sublimes, dignesdes plus grands génies. II semble que la naturese soit plue à rassembler dans la tête de Shakers-peare ce qu’on peut imaginer de plus fort et deplus grand, avec ce que la grossièreté fans espritpeut avoir de plus bas et de plus détestable.
II faut avouer que , parmi les beautés qui etin.cellent au milieu de ces terribles extravagances ,i ! ombre du père $ Hamlet est un des coups de