DU ROI DE PRUSSE. 9
II me reste à présent à parler de la poésie dustyle , de cette partie qui caractérise proprementle poète. Jamais la langue française n’eut autantde force que dans la Henriade : on y trouvepar.tout de la noblesse ; Fauteur s’élève avecun feu infini jusqu’au sublime, et il ne s’abaissequ’avec■ grâce et dignité: quelle vivacité dansles peintures, quelle force dans les caractèreset dans les descriptions, et quelle noblesse dansles détails / Le combat du jeune Turenne doitCaire en tout temps l’admiration des lecteurs ;c’est dans cette peinture de coups portés, parés,reçus et rendus, que M. de Voltaire a trouvéprincipalement des obstacles dans le genie defa langue ; il s’en est cependant tiré avec toutela gloire possible. II transporte le lecteur sur lechamp de bataille, et il vous semble plutôt voirun combat qu’en lire la description en vers.
Quant à la faine morale , quant à la beautédes sentimens, on trouve dans ce poème toutce qu’on peut désirer. La valeur prudente dehesri IV , jointe à fa générosité et à son huma-nité, devraient servir d’exemple à tous les roiset à tous les héros qui sc piquent quelquefoismal à propos de dureté et de brutalité enversceux que le destin des Etats ou le sort de laguerre a soumis sous leur puissance ; qu’il leursoit dit en passant que ce n’est point dansl’instexibilité ni dans la tyrannie que consiste