DU SIECLE DE LOUIS XIV.
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dînai qui ne lisait guère, et qui en lut une partie.Cet air de confiance, soutenu par l’empreísemenrde quelques personnes de crédit, ramena le car-dînai, et Montesquieu entra dansl’académie.
11 donna ensuite le traité sur la grandeur et ladécadence des Romains ; matière usée , qu’ilrendit neuve par des réflexions très-fines, et despeintures très-fortes : c’est une histoire politiquede l’empire romain. Enfin, on vit paraître sonJsprit des lois. On a trouvé dans ce livre beau-coup plus de génie que dans Gratins et dans Pus-fendorf. On se fait quelque violence pour lireces auteurs; on lit Y Esprit des lois autant pourson plaisir que pour son instruction. Ce livre estécrit avec autant de liberté que les Lettres persa-nes ; et cette liberté n’a pas peu servi au succès :elle lui attira des ennemis qui augmentèrent faréputation, par J.r haine qu’ils inspiraient con-tt’eux : ce sont ces hommes nourris dans les fac-tions obscures des querelles ecclésiastiques, quiregardent leurs opinions comme sacrées, et ceuxqui les méprisent comme sacrilèges. Ils écrivi-rent violemment contre le président de Montes-quieu; ils engagèrent la Sorbonae à examinerson livre; mais le mépris dont ils furent couvertsarrêta laSorbonne. Le principal mérite de Yts-prit des lois est l'amour des lois qui règne danscet ouvrage, et cet amour des lois est fondé furl’amour du genre humain. Ce qu’il y a de plussingulier, c’est que l’éloge qu’il fait du gou-vernement anglais est ce qui a plu davantagecn France. La vivç et piquante ironie qu'on y