ELOQUENCE, 191
l’ami de Bojsuet , et depuis devenu malgré luison rivai et son ennemi, composa ce livre sin-gulier, qui tient à la fois cl u roman et du poème,et qui substitue une prose cadencée à la versifi-cation. II semble qu’il ait voulu traiter le romancomme monsieur de Me aux avait traitéd'histoire,en lui donnant une dignité et des charmes in-connus , et sur-tout en tirant de ces fictions unemorale utile au genre-humain ; morale entière-ment négligée dans presque toutes les inventionsfabuleuses. On a cru qu’il avait composé ce livrepour servir de thèmes et d’instruction au ducde Bourgogne et aux autres enfans de France,dont il fut précepteur ; ainsi que Bojsuet avaitfait son Histoire imiverselle pour l’éducation deMonseigneur. Mais son neveu le marquis deImílon , héritier de la vertu de cet hommecélèbre , et qui a été tué à la bataille de Rocoux,m’a assuré le contraire. En effet, il n’eût pasété convenable que les amours de Calypso etd'Eucbarii eussent été les premières leçons qu’unprêtre eût données aux enfans de France.
11 ne fit cet ouvrage que lorsqu’il fut~reléguédans son archevêché de Cambrai. Plein de la lec-ture des anciens, et né avec une imaginationvive et tendre , il s’était fait un style qui n’étaitqu'à lui, et qui coulait de source avec abondance.J’ai vu son manuscrit Original : il n’y pas dixratures. II le composa en trois mois au milieu deses malheureuses disputes sor le quiétifme ; ne sedoutant pas combien ce délassement était sopérieuà ces occupations. On prétend qu’un domeíliqu rlui en déroba une copie qu’ii fit imprimer : si cel.