4 DISCOURS
miers : ceux-ci ont une réputation éclatante ;on est avide de connaître les moindres parti-cularités de leur vie. Telle est la misérablefaiblesse des hommes., qu’ils regardent avecadmiration, ceux qui ont fait du mal d’unemanière brillante, et qu’ils parleront souventplus volontiers du destructeur d’un empireque de celui qui l’a fondé.
Pour tous les autres princes qui n'ont étéillustres ni en paix ni en guerre, et qui n’ontété connus ni par de grands vices ni par degrandes vertus , comme leur vie ne fournit au-cun exemple ni à imiter ni à fuir, elle n’estpas digne qu’on s'en souvienne. De tant d'em-pereurs de Rome, d'AUemagne, de Moscovie;de tant de sultans , de califes, de papes, derois; combien y en a-t-il, dont le nom nemérite de se trouver ailleurs que dans les tableschronologiques, où ils ne font qne pour servird’époques ?
II y a un vulgaire parmi les princes, commeparmi les autres hommes ; cependant la fureurd’écrire est venue au point qu’à peine un sou-verain cesse de vivre que le public est inondéde volumes fous le nom de mémoires, d’hi-stoire de fa vie, d’anecdotes de fa cour. Par-Iàles livres se multiplient de telle forte qu’unhomme qui vivrait cent ans, et qui ies emploie-rait'à lire, n’aurait pas le temps de parcourirce qui s’eft imprimé fur i'histoire feule, depuis«Jeux siécles s en Europe.