SUR L’HÏSrOlKE DE CHARLES XII. Z
Cette démangeaison de transmettre à la pos-térité des détails inutiles, et d’arréter les yeuxdes siècles à venir fur des événemens com-muns , vient d r une faiblesse très-ordinaire àceux qui ont vécu dans quelque cour, et quiont eu le malheur d’avoir quelque part aur£affaires publiques, 11s regardent la cour où ilsont vécu comme la plus belle qui ait jamaisété, le roi qu’ils ont vu comme le plus grandmonarque , les affaires dont ils se font mêléscomme ce qui a jamais été de plus importantdans le monde. Ils s’imaginent que la postéritéverra tout cela avec les mêmes yeux.
Qu’un prince entreprenne une guerre, quefa cour soit troublée dhntrigues, qu’il achètel’amitié d'un de ses voisins et qu’íl vende lasienne à un autre ; qu’il fasse enfin la paix avecfes ennemis , après quelques victoires et quel-ques défaites; ses sujets, échauffés par la viva-cité de ces événemens présens, pensent êtredans l’époque la plus singulière depuis la créa-tion, Ou’arrive-t-il ? ce prince meurt ; on prendaprès lui des mesures toutes différentes ; onoublie et les intrigues de fa cour , et fes maî-tresses , et fes ministres, et fes généraux, et fesguerres, et lui-même.
Depuis le temps que les princes chrétienstâchent de fe tromper les uns les autres, etfont des guerres et des alliances, on a signédes milliers de traités, et donné autant debatailles ; les belles ou infâmes actions font