DE LA MORT DE JEAN CALAS. 2Z?
superstitieux et emporté ; il regarde comme desmonstres fessières qui ne font pas de la même reli-gion que lui. C’est à Toulouse qu’on remercia dieusolennellement de la mort de Henri ]JI , et qu’onfit serment d’égorger le premier qui parlerait dcreconnaître le grand, le bon Henri IV, Cette villesolennise encore tous les ans, par une processionet par des feux de joie , le jour où elle massacraquatre mille citoyens hérétiques il y a deux siècles.En vain six arrêts du conseil ont défendu cetteodieuse fête, les Toulousains l’ont toujours célé-brée comme les jeux floraux.
Quelque fanatique de ìa populace s écria queJean Calas avait pendu son propre fils Marc-Antoine. Ce cri répété fut unanime en un moment ;d’autres ajoutèrent que le mort devait le lende-main faire abjuration, que fa famille et le jeuneLavaijfe savaient étranglé, par haine contre lareligion catholique : le moment d'après on n’endouta plus ; toute la ville fut persuadée que c’est unpoint de religion c h ex les protestans qu’un père etune mère doivent assassiner leur fils dès qu’il veutfe convertir.
Les esprits une fois émus ne s’arrêtent point.On imagina que les protestans du Languedoc s’é-taient assemblés la veille ; qu’ils avaient choisi, àla pluralité des voix, un bourreau de la secte ; qu«le choix était tombé sur le jeune Lavaijfe’, que cejeune homme en vingt-quatre heures avait requ lanouvelle de son élection, et était arrivé de Bor-deaux pour aider Jean Calas , fa femme et leurfils Pierre , à étrangler un ami, un fils, un frère.