242 HISTOIRE ABREGEE
douceur des mœurs! IL sembie que le fanatisme,indigné depuis peu des succès de la raison, sedébatte sous elle avec plus de rage.
Treize juges s’affetnblèrent tous les jours poufterminer le procès. On n’avait, on ne pouvaitavoir aucune preuve contre la famille; mais lareligion trompée tenait lieu de preuve. Six jugespersistèrent long-temps à condamner Jean Calas ,son fils, et Lavaìjfe à la roue, et la femme deJean Calas au bûcher. Sept autres plus modérésvoulaient su moins qu'on examinât. Les débatsfurent réitérés St longs. Un des juges, convaincude i’mnocence des accusés et de i’impostìbilitédu crime, parla vivement en leur faveur; ilopposa le zèle de fhumaníté au zèle de la sévé-rité; il devint l’avocat public des Calas danstoutes les maisons de Toulouse , où les cris con-tinuels de la religion abusée demandaient le sangde ces infortunés. Un autre juge, connu par faviolence, parlait dans la ville avec autant d em.portement contre les Calas que le premier mon-trait d’empressement à les défendre. Enfin î'éclatfut si grand qu’íls furent obligés de se récuserTu n et l’autre ; ils fe retirèrent à la campagne.
Mais, par un malheur étrange, le juge fa-vorable aux Calas eut la délicatesse de persisterdans fa récusation, et Tautre revint donner savoix contre ceux qu’il ne devait point juger ;ce fut cette voix qui forma la condamnation ala roue ; car il n'y eut que huit voix contre cinq,un des six juges opposés ayant à ia fin, après biendes contestations, passé au parti le plus sévère.