ESPRIT. I99
Quinault était quelquefois négligé , mais il étaittoujours naturel.
De tous nos opéra , celui qui est le plusorné, ou plutôt accablé de cet esprit épigram-matiquè , est le Ballet du triomphe des arts ,composé par un homme aimable, (*) qui pensatoujours finement, & qui s’exprima de même ;mais qui, par l’abus de ce talent, contribuaun peu à la décadence des lettres, après lesbeaux jours de Louis XIV. Dans ce ballet,où Pygmalìon anime fa statue , il lui dit :
Vos premiers mouvemens ont été de m aimer.
Je me souviens d’avoir entendu admirer cevers dans ma jeunesse par quelques personnes.Qui ne voit que les mouvemens du corps dela statue font ici confondus avec les mouve-mens du cœur , & que dans aucun sens la phrasen’esl françaiíe ; que c’est en effet une pointe,une plaisanterie 1 Comment se pouvait-il fairequ’un homme qui avait tant d'esprit , n’en eûtpas assez pour retrancher ces fautes éblouissan-tes ? Ce même homme qui méprisait Homère& qpi le traduisit ; qui en le traduisant crutle corriger ; & en l’abrégeant crut le fairelire , s'avise de donner de l’efprit à Homère.C’est lui qui, en fesant reparaître Achille ré-concilié avee les Grecs, prêts à ïe venger,fait crier à tout le camp :
Que ne vsincia-t-il point ? iì s'est vaincu Ini-même.
Il faut être bien amoureux-du bel esprit, pour'faire dire une pointe à cinquante mille hommes.
(*} La Mous. ■
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