302. RECUEIL DES LETTRES
-comme une solennité sainte : l’argent employé à
1766. ces cérémonies était aussi sacré que celui des tem-ples. Montesquieu, qui se trompe presque à chaquepage, regarde comme uhe folie, chez les Athé-niens, de n’avoir pas détourné, pour la guerre duPéloponèse, l’argent destiné pour le théâtre ; maisc’est que ce trésor était consacré aux dieux. Oncraignait de commettre un sacrilège; et il falluttoute l’éloquence de Démoflhène ( dans fa secondeOlynthienne ) pour éluder une loi qui tenait de siprès à la religion. Puisque le théâtre tragique étaitsaint chez les Grecs, on voit bien que la profes-sion d’acteur était honorable. Les auteurs étaientacteurs quand ils en avaient le talent. Efchìne,magistrat d’Athènes, fut auteur; Paulus fut envoyéen ambassade.
Ce spectacle était si religieux que , dans la pre-mière guerre punique , les Romains rétablirent pourconjurer les dieux de faire cesser le fléau de lacontagion. Jamais il n’y eut à Rome de théâtre quine fût consacré aux dieux, et qui ne fût rempli deleurs simulacres.
II est très-faux que la profession d’acteur fut en-suite abandonnée aux seuls esclaves. 11 arriva queles Romains, ayant subjugué tant de nations, em-ployèrent les talens de lents esclaves. II n’y eutg^ère chez eux de mathématiciens , de médecins ,d’asti'onomes, de sculpteurs et de peintres que desgrecs ou des africains pris à la guerre. Térence ,£pieté te , lurent esclaves. Mais, de ce que les peu-ples conquis exerçaient leurs talens à Rome, on