>74 RECUEIL DES LETTRESpeut faire de petites grâces, il peut m’en faire une Jet je vous demande votre protection; efe ne coû-tera rien ni à fa sainteté, ni à votre éminence,ni à moi ; il ne s’agit que de la permission de porterla perruque. Ce n’est pas pour mon vieux cerveaubrûlé que je demande cette grâce, c’est pour unautre vieillard ( ci-devant soi- disant jésuite, ne vousen déplaise ), lequel me sert d’aumônier.
Ferney est comme Albi, auprès des montagnes,mais notre hiver est incomparablement plus rudeque celui d’Albi. Je vois de ma fenêtre quarantelieues de la partie des Alpes qui est couverte d’uneneige éternelle. Les russes qui font venus chez moim’ont avoué que la Sibérie est un climat plus douxque le mien, au mois de décembre et de janvier.Nos curés qui font nés dans le pays, peuvent sup-porter l’horreurde nosfrimats; et quoiqu'ils soienttous des têtes à perruque, ils n’en portent cepen-dant pas ; ils ont même fait vœu d’être chauves endisant la messe. Mon aumônier est lorrain, il a étéélevé en Bourgogne, il n'a point fait le vœu des'enrhumer ; il est malade, et sujet à de violensrhumatismes ; il priera dieu de tout son cœur pourvotre éminence, si vous voulez bien avoir la bontéd’employer l’autorité du vicaire de jesus-christpour couvrir le crâne de ce pauvre diable.
Je ne vous cacherai point que notre évêqued’Annecy est un fanatique, un homme à billets deconfession, à refus de sacremens. II a été vicairede paroisse à Paris, et s’y est fait des affaires pources belles équipées : en un mot, j'ai besoin de toute