PREMIER DISCOURS,
De Végalité des Conditions.
f A M r , dons la vertu toujours facile & pure ,0 ~\ a suivi par raison l’instinct de la Nature ,
Qui sçais à ton état confprmer tes désirs,
Satisfait fans fortune, & sage en tes plaisirs :Heureux qui, comme toi, docile à son génie,Dirigea prudemment la course de íà vje !
Son cœur n’enrend jamais la voix du repentir:Enfermé dans fa sphère, il n’en veut point sortir.Les états font égaux, mais les hommes différent :Où l’imprudent périt, les habiles prospèrent.
Le bonheur est le port où tendent les humains.
Les écueils font fréquens, les vents font incertains.Le Ciel, pour aborder cette rive étrangère ,Accorde à tout mortel une barque légere,
Ainsi que les secours, les dangers font égaux :Qu’importe, quand l’orage a soulevé les eaux,Que ta pouppe soit peinte, & que ton mât déploieUne yoile de pourpre & des cables de foie.
L’art du Pilote est tout ; &, pour dompter les vents,II faut la main du Sage, & non des ornement.
Eh quoi! me dira-t-on; quelle erreur est la vôtre tN’est-il aucun état plus fortuné qu’un autre ?
Le Ciel a-t-il rangé les mortels au niveau?
La femme d’un Commis, courbé fur son burân,
Vaut-