Buch 
Recueil De Pieces Fugitives En Prose Et En Vers / Par Mr. De Voltaire
Seite
69
JPEG-Download
 

Sur la nature du plaifîr. 6 g

Un Monarque de lInde, honnête homme 8e peusage,

Vers les rives du Gange, après un long orage,Voyant de vingt Vaisseaux les débris dispersés »

Des mâts demi rompus, & des morts entassés,

Fit fermer par pitié le Port de son rivage jDéfendit que jamais par un profane usage,

Les Pins de ses Forêts, façonnés en Vaisseaux,Portassent fur les mers à des Peuples nouveauxLes fruits trop dangereux de lhumaine avarice.

Un bonze lapplaudit, on vanta sa justice ;

Mais bientôt triste Roi d un Etat indigent,

11 se vit sans pouvoir, ainsi que fans argent.

Un voisin moins bigot, 8e bien plus sage Prince,Conquit en peu de tems fa stérile Province :

II rendit la mer libre, 8e l'Etat fut heureux.

Je fuis loin den conclure, orateur dangereux,Quil faut lâcher la bride aux passions humaines ;

De ce coursier fougueux je veux tenir les rênes ;

Je veux que ce torrent Par un heureux secours ,Sans inonder mes champs les abreuve en son cours.Vents épurez les airs, 8c souflez sans tempêtes ;Soleil fans nous brûler, marche 8c luis fur nos têtes.Dieu des êtres pensans, Dieu des coeurs fortunés,Conservez les désirs que vous mavez donnés ,

Ce goût de iamitié, cette ardeur pour létude,

Cet amour des beaux arts 8e de la solitude :

Voilà mes passions. Vous qui les approuvés,

Vous, lhonneur de ces arts par vos mains cultivés.Vous, donc la passion nouvelle 8e généreuse ,

Est déclairer la terre & de la rendre heureuse ;

E Z Grand