LETTRE de M . Melon , ci-devant Secré-taire dn Régent , à Madame de Veruè , surle Mondain.
J 'Ai lû , Madame , l’ingénieufe Apologiedu Luxe. Je regarde cet ouvrage commeune excellente leçon de politique , cachéesous un badinage agréable. Je me flatte de-voir démontré dans mon eflai politique fur leCommerce, combien ce goût des beaux Arts& cet emploi des Richesses, cette ame d’ungrand Etat, qu’on nomme Luxe, sont nécessai-res pour la circulation de l’espece & pour lemaintien de l'industrie ; je vous regarde, Ma-dame, comme un des grands exemples de cettevérité. Combien de Familles de Paris subsi-stent uniquement par la protection que vousdonnez aux Arts. Que l’orí cesse d’aimer lesTableaux, les Estampes, les Curiosités en tousgenres : voilà vingt mille Hommes âu moinsruinés tout d'un coup, dans Paris, & qui sontforcés d’aller chercher de remploi chez l’E-tranger. II est bon que dans un Canton Suis-se , on fasse des Loix somptuaires, par la rai-son qu’il ne faut pas qu’un Pauvre vive commeUn Riche. Quand les Hollandais ont commen-cé leur Commerce , ils avoient besoin d'uneextrême frugalité ; mais à présent que c’est laNation de l’Europe qui a le plus d’argent, ellea besoin du Luxe, &C.
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