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Recueil De Pieces Fugitives En Prose Et En Vers / Par Mr. De Voltaire
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r li6 Deffènse du Mondain >

Sçachez surtout que le Luxe enrichitUn grand Etat, sil en perd Un petit.

Cette splendeur, cette pompe mondaine,'

Dun régné heureux est la ïnàrque certaine^

Riche est pour beaucoup dépenser,

Le Pauvre est fait pour beaucoup amasser.

Dans ces Jardins regardez ces Cascades,Létonnement & lAmour des Nayades ;

Voyez ces flots, dont les nappes dargent,

Vont inonder ce marbre blanchissant ;

Les humbles Prez sabreuvent de cette onde ?

La terré en est plus belle & plus féconde yMais de ces eaux si la source tarit,

Lherbe est léchée & la fleur se flétrit.

Ainsi lon volt en Angleterre, en FranCe,

Par cent canaux, circuler labondance :

Le goût du Luxe entre dans tous les rangs?

Le Pauvre y vît des vanités des Grands ;

Et le travail gagé par la molesse,

5ouvre à pas lents la route à la richesse.J'entends dici des Pédans à rabats,

Tristes Censeurs des plaisirs quils nont pas,

Qui me citant Denis dHalkarnaffe ,

Dion , Plut arque , & même un peu d 'Horace rVont criaillant quun certain Curius,

Cincinnatus & des Consuls en Us,

Béchoient la terre au milieu des allarsties,

Quils manioient la Charrue & les Armes ;

Et que les Bleds tenoient à grand honneur,Dêtre semés par la main dun Vainqueur.

Cest fort bien dit, mes maîtres: je veux croire,Des vieux Romains la chimérique Histoire.