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(2ç) Le grand ascendant qu’eut d’abordl’abbé Sieyes dans les états généraux, il le dutuniquement à la réputation que lui avoientacquise ses premiers écrits. Il a fort peu demoyens et fort peu de talent pour parler enpublic. Il n’a pas assez de souplesse dansl’esprit ni d’audace dans le caractère, pourréussir par l’intrigue. Sa force est dans lapuissance de sa dialectique, dans la profondepénétration de ses vues, dans l’opiniâtre in-trépidité de ses plans. Je n’ai jamais vu per-sonne analiser une idée, établir un principe,développer une longue série de raisonnements,avec une logique plus ferme et plus serrée.Il m’est arrivé souvent de l’écouter, sous cerapport, avec un extrême plaisir, même lors-qu’il soutenoit une opinion tout à fait con-traire à mes sentimens; et cependant sa ma-niéré de parler est dénuée d’ailleurs de tout