FRANÇOIS VILLON
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Si Villon a eu bien des traverses et des mésaventures dans sa vie,il a eu bien du bonheur après sa mort, le plus grand bonheur et lameilleure fortune pour un poète : il a fait école; il a fait tradition, et amême eu sa légende. Ce nom de Villon qu’il portait et qu’il a renducélèbre n’était pas le sien; il l’avait emprunté, et il l’a tellement popu-larisé qu’il l’avait fait entrer un moment dans la langue : on disaitvillonner comme pateliner, lambiner , et depuis comme escobarder ,guillotiner . Villonner signifiait, il est vrai, une vilaine chose, duper ,tromper , friponner , payer en fausse monnaie. Mais ne frappe pas defausse monnaie dans la langue, ne la met pas en circulation qui veut.Depuis sa mort, ce Villon, qui avait frisé la potence, considéré commel’un des pères de la poésie, s’est vu, à chaque reprise et à chaquerenaissance littéraire, recherché des meilleurs et salué. Marot, dès larenaissance de François I er , se rattachait à Villon, se.refaisait son éditeursur l’invitation du prince, et avait l’air de dater de lui comme d’unancêtre et du plus ancien poète français qu’on pût atteindre. Plus d’unsiècle après, Boileau lui faisait l’honneur de commencer par lui l’his-toire, nécessairement très-écourtée, qu’il donnait de notre anciennepoésie. Depuis lors Villon n’a pas cessé d’être en vue et d’être cité pourquelques jolis morceaux, pour quelques ballades excellentes. De nosjours, un ecclésiastique plein de zèle pour nos antiquités littéraires qu’iln’entendait qu’imparfaitement, l’abbé Prampsault, s’était épris de Villon(singulier choix! ) et se Battait d’en avoir retrouvé des vers, — 276 vers,rien moins que cela. Il y eut, vers 1833, une terrible querelle entreM. Crapelet et l’abbé Prompsault. M. Crapelet, éditeur lui-même de vieux
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