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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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h FRANÇOIS VILLON.

poëtes de cet âge, vous que je n’ai pas hésité à saluer du nom de géniequand vous n’aviez que dix-huit ans, mais qui, dans vos brillants écrits,n’avez pas tenu en entier toutes vos promesses; qui, au milieu d’admi-rables éclats de passion, de jets ravissants d’élégance et de grâce, avezsemé tant de disparates, de taches et d’incohérences, avez laissé tombertant de lambeaux décousus ! je vois le moment où tout cela vous seracompté à plus grand honneur que si vous aviez mieux conduit votretalent et mis en œuvre tout votre généreux esprit; et nos neveux dironten vous lisant : « Tant pis pour nous, là où nous ne saisissons pas ! ily a bien des sens cachés. » Et ils le diront et déjà ils le disent, parcequ’ils ont besoin de faire de vous tout ce que vous auriez dû être : carvous êtes l’enfant du siècle^ vous le personnifiez à leurs yeux, et là oùle périlleux modèle ne répond pas pleinement à l’idée et fait défaut, ilsy mettront la main, ils vous achèveront. Et nous-mêmes qui savons lefort et le faible, qui vous avons vu naître, briller et mourir, nous y applau-dirons et nous y applaudissons déjà, à ce commencement d’illusion,parce qu’après tout votre renommée charmante, si elle dépasse un peuvos œuvres, ne fera pourtant qu’égaler votre génie, — ce que ce génieaurait été si vous en aviez daigné pleinement user et en artiste plusmaître de sa force. — Mais l’essentiel, je le vois bien, même en littéra-ture, est de devenir un de ces noms commodes à la postérité qui s’ensert à tout moment, qui en fait le résumé de beaucoup d’autres, etqui, à mesure quelle s’éloigne, ne pouvant toucher toute l’étendue dela chaîne, ne la compte plus, de distance en distance, que par quelqueanneau brillant.

Villon est de ceux-là : il fait anneau, et il brille de loin à traverssa rouille. On ne le prend plus au pied de la lettre pour ce qu’il a étéet pour ce qu’il est en tant qu’auteur : on le prend comme un de cesindividus collectifs, le dernier venu et, en quelque sorte, le dernier motd’une génération de satiriques oubliés, leur héritier le plus en vue etchef à son tour d’une postérité nouvelle, faisant lien et tradition entreRutebeuf et Rabelais.

A le voir et à l’étudier de près, son originalité bien réelle était-elleautre part que dans son talent? On ne saurait la chercher dans uneforme de poésie qui lui aurait été propre.: il n’a rien inventé en cegenre, et la ballade , dont il use si bien, florissait avant lui depuis plus