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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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FRANÇOIS VILLON.

certainement plus qu’ils n’ont mis et qu’ils n’ont laissé dans leursœuvres. Les œuvres de Villon, pour nous, malgré tant de commentaires»,de conjectures érudites et ingénieuses, sont et resteront pleines d’obscu-rités ; elles ne se lisent pas couramment ni agréablement ; on voit l’in-spiration, le motif; on saisit les concours, mais à tout moment le détailéchappe, la ligne se brise, la liaison ne se suit pas et fuit. Cela tient àbien des causes : allusions à des personnages inconnus, polissonnerieset malices de quartier, rhythme gênant, langue embrouillée, incertaine,et pourquoi pas aussi ? défauts de l’auteur. Pour ceux qui aiment à serendre compte de leurs admirations, Villon bien souvent a tort, et deuxou trois perles dans son fumier, deux ou trois exquises ballades lesconsolent à peine des difficultés et des obstacles qu’ils rencontrent àchaque pas dans l’ensemble. Mais est-ce un malheur, en définitive,pour Villon, que ces obscurités qui rebutent quelques délicats trop exi-geants ? Je ne le crois pas. Il y a deux sortes d’auteurs, je le reconnaisde plus en plus. 11 y a ceux qui ne vivent dans la postérité et qui necomptent que par leurs œuvres et pour ce qu’on en lit : de ceux-ci oncomprend tout, tout est net et clair, on pèse, on mesure; on en rabatsouvent. Qu’ils sont rares les auteurs comme Horace et Montaigne, quigagnent à être sans cesse relus, compris, entourés d’une pleine et péné-trante lumière, et pour qui semble fait le mot excellent de Vauvenar-gues : (( La netteté est le vernis des maîtres ! » La plupart de ceux quiont mis ainsi leur pensée en tout son jour y perdent avec le temps etdiminuent. Mais il y a une autre classe d’auteurs, à qui tout profite,même les défauts : ce sont ceux qui, une fois morts, tournent à lalégende, qui deviennent types } comme on dit, dont le nom devient pourla postérité le signe abrégé d’une chose, d’une époque, d’un genre. Oh !ceux-là, ils ont des privilèges, on leur passe tout; là où ils manquent,on y supplée, on y ajoute; tout leur est interprété à bien et à honneur,les obscurités, les excentricités, les boutades hors de propos, les écartsde verve ou les éclipses ; on y suppose après coup des clartés, des pro-fondeurs de sens ou de passion, des miracles de fantaisie qui, le plussouvent, n’y ont jamais été, même pour leurs plus proches contempo-rains. Ainsi pour Rabelais, ainsi pour d’Aubigné poëte et pour bien d’au-tres. — Ainsi pour vous déjà (car nous voyons sous nos yeux s’accom-plir le mystérieux phénomène), ô le plus charmant et le plus ardent des